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Communiqué de presse ATTAC Wallonie-Bruxelles

Erreur de conception dans les plans de sauvetage : Que fait-on de l’économie ?

Vendredi 17 octobre 2008


Il n’aura pas fallu longtemps aux marchés financiers et boursiers pour se rendre compte de ce que valaient les plans concoctés par les gouvernements européens et américain : pas grand-chose. Ces plans colossaux par leur ampleur – 2.000 milliards d’euros en Europe et 700 milliards de dollars aux Etats-Unis – pêchent dans leur conception. Ils ont été établis pour sauver en catastrophe un système bancaire amorphe. En aucun cas, ils n’amorcent une quelconque reprise économique.

Car on ne fera rien de tel, ou alors beaucoup moins, pour relancer l’économie. Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, l’avoue benoîtement : il n’est pas question d’un plan de relance européen. "Lancer un plan de relance à échelle européenne nous conduirait très automatiquement dans certains pays à prendre congé par rapport aux règles saines du Pacte de stabilité." Voilà l’urgence pour les gouvernements européens : l’équilibre budgétaire… sauf pour sauver les banques. Après le mythe de "l’autorégulation des marchés", il reste à balayer d’autres dogmes néolibéraux, parmi lesquels le pacte de stabilité.

Or, c’est bien le manque de perspective pour une reprise économique que les opérateurs boursiers sanctionnent. Les valeurs des entreprises technologiques plongent, celles de l’automobile sont au plus bas, même celles d’Exxon et de Chevron, il n’y a pas si longtemps prisées, dégringolent. La Bourse de New York a connu sa plus grande baisse depuis le krach de 1987.

Le plan Paulson veut mettre 250 milliards de dollars aux frais du contribuable dans les banques – dont la moitié dans les neuf plus grands établissements. Des participations sans droit de vote ! Et les Etats européens de même : de l’argent, des liquidités, du capital pour les banques.

En aucun cas, on ne s’attaque aux tares du système économique actuel :

- une société profondément inégalitaire où les revenus sont très mal répartis. Aux Etats-Unis, des présidents de fonds d’investissement, essentiellement financiers, gagnent plus de 22.000 fois davantage qu’un travailleur moyen [1] ;

- une économie qui ne satisfait pas des besoins essentiels des populations les plus pauvres [2] ;

- une finance qui gangrène le développement des pays et le bien-être des populations ;

- un système qui ne jure que par les mots rentabilité, compétitivité, flexibilité, de sorte que les uns se crèvent au travail pendant que d’autres sont condamnés à rester au chômage.

C’est tout un mode de développement qui est sanctionné, un modèle de croissance basé sur l’exploitation et l’endettement. Il en a résulté des produits financiers de plus en plus audacieux, compliqués et risqués. L’expansion de ce marché virtuel était pourtant rendue nécessaire dès lors que la demande réelle a été anémiée par des années d’austérité. On a vu ces dernières décennies une compression des salaires et de l’investissement, au grand bénéfice du "taux de profit". Dès lors, la production ne trouve plus à s’écouler. Et pour doper la demande, il ne reste plus qu’à gonfler l’endettement.

C’est un peu comme si on avait construit un gratte-ciel dans la mer… sur des fondations en sable. Le temps que le mirage se dissipe, il ne reste plus rien.

Il faut songer à autre chose. Bâtir une économie au service de tous. Pour cela, Il faut sortir de l’économie casino, (voir notre communiqué de presse du 16 octobre).

Notes

[1] Solveig Godeluck et Philippe Escande, Les pirates du capitalisme. Comment les fonds d’investissement bousculent les marchés, éditions Albin Michel, Paris, 2008, p.213.

[2] Officiellement 37 millions aux Etats-Unis. Mais d’autres définitions portent ce nombre à 50 millions. Cent millions dans l’Union européenne (European Union, Social Situation in the European Union 2007, avril 2008, p,4 :Social Situation in the European Union 2007).


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