% ATTAC - Bruxelles 1 %

10ème Festival Cinéma d’ATTAC le 22 nov à 17h30 au Botanique

AFRIQUE 50

de René VAUTIER
+ Débat : "Colonialisme : la guerre des mémoires"

Doc. France 1950 15’
En 1950, la Ligue de l’Enseignement demande à René Vautier de réaliser un film destiné à mettre en valeur la mission éducative de la France dans ses colonies. Sur place, il décidera de montrer une toute autre réalité. Le film sera interdit pendant plus de 40 ans.

Débat : Colonialisme : la guerre des mémoires
Avec Raphaël Pillosio.



Présentation
En 1949, la Ligue de l’enseignement propose à René Vautier de réaliser un film montrant "comment vivent les villageois d’Afrique occidentale française". Ce film est destiné à être montrer aux élèves des collèges et lycées de France. En accompagnant une équipe de routiers éclaireurs de France, il doit ramener des images sur la réalité africaine, puis en faire un montage. Vautier arrive donc en Afrique à 21 ans, sans idées préconçues. Cependant, de son périple africain, sortira le premier film anticolonialiste français.

Sur le sol africain, Vautier est accompagné par le gouverneur. Ce-dernier tend à conseiller à Vautier de filmer les ananas du jardin de l’Office du Niger, alors que le documentariste était plus intéressé par les galériens noirs qui manoeuvraient à bras les vannes d’une écluse d’un barrage qui alimentait en électricité les maisons des blancs, mais pas le barrage : les Nègres coûtent moins cher... Vautier est révolté par le vrai visage du pouvoir colonial. Pendant près d’un an, en partie accompagné par Raymond Vogel, il parcourt le Mali, la Haute Volta, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Burkina Faso. Et il filme, grâce aux Africains qui le protègent. De nombreuses péripéties marquent le tournage.

Les bobines sont ramenées par petits bouts, par des amis africains qui rentrent en France. De retour en métropole, Vautier les amènent à la Ligue de l’Enseignement, mais la police est là pour saisir les négatifs. Le Ministère de l’Intérieur les développe. Alors qu’il doit reconnaître avoir filmé chaque bobine, Vautier arrive à subtiliser 21 bobines (sur 60) en présence de policiers. Vautier fait le montage, puis la sonorisation en direct lors de la projection du film, en face du bureau du policier chargé de le saisir !
La diffusion du film ? militante !

Le film a donc été monté et sonorisé, mais il n’existe pas, puisque c’est le Ministère de l’Intérieur qui est censé être en possession de toutes les bandes. Des copies sont tirées grâce à la complicité de la société Tirage 16. La première diffusion a lieu à Quimper, dans la salle du gymnase municipal, d’autres suivent à Brest, Lorient... puis dans toute la France par l’intermédiaire des mouvements de jeunes. Entre 600 et 700 000 personnes ont probablement vu ce film, lors de sa "sortie".
Ce que montre ce film

Afrique 50 est une invitation à suivre Vautier lors de son périple africain ; dès la première phrase, la présence française en Afrique apparaît autoritaire : "Les seuls blancs qui sont entrés avant toi dans ce village sont ou bien l’administrateur qui venait prendre l’argent pour l’impôt ou bien le recruteur qui venait prendre les hommes pour l’armée". Voilà qui annonce le ton du film. Puis, le spectateur est invité à suivre les enfants noirs dans leur village. Pour chaque élément, Vautier dit la réalité tel qu’il aurait dû la représenter pour la Ligue, mais à chaque fois, il montre ce qui se cache derrière cette réalité. Par exemple, les enfants semblent insouciants lorsqu’ils jouent ou se baignent dans le Niger, "mais que feraient-ils d’autre ? Il y a place dans les écoles d’Afrique Noire pour 4% des enfants d’âge scolaire, juste le pourcentage suffisant pour que l’administration ait des greffiers et les compagnies coloniales des comptables."

Le réalisateur s’intéresse ensuite à l’oppression française : "Regarde ce qui guette les villages africains (...) Ici une enfant de sept mois a été tuée, une balle française lui a fait sauter le crâne (...) en notre nom à nous, gens de France ! (...) Des noms de villes sonnant aux Africains comme des Oradours..." Voici en quelques lignes quelques éléments apportés par Vautier dans son film.

C’est la voix de René Vautier qui résonne sur la bande-son. L’acteur pressenti pour dire le texte écrit s’étant, sous une probable pression ou un manque de courage, rétracté au dernier moment, Vautier a lui dit le texte de ce film en improvisant (car l’acteur avait la seule copie du texte). Sa voix tremble, et fait trembler le spectateur, lorsque Vautier scande les noms des bourreaux et des compagnies coloniales qui exploitent, maltraitent, assassinent les Noirs.

Ce film est donc le premier film anticolonialiste. Le film fut pendant de très nombreuses années interdit car sans existence reconnue et donc sans visa. En 1997, le Ministère des Affaires Etrangères lui remet une copie de son film "courageux et nécessaire", montrant que dans les années 50 existait en France un sentiment anticolonialiste fort. Vautier refuse toujours de demander un visa et "attend qu’on pousse le cynisme jusqu’à lui saisir une nouvelle fois ce film qu’on lui a d’abord détruit puis offert". Ce film a probablement marqué Vautier dans son engagement qui sera le sien, notamment lors de la guerre d’Algérie.


SPIP