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Angle Attac (déc 03/janvier 2004) / 1-3 : Forum Social Européen : comment construire un rapport de force social au niveau européen ?

Après la deuxième édition du FSE... un mouvement à l’assaut des étoiles !

La deuxième édition du Forum Social Européen s’est donc tenue du 12 au 15 novembre dernier à Paris et dans sa proche banlieue (Saint-Denis, Ivry, Bobigny). Il s’est clôturé le dimanche 16 novembre par une Assemblée des mouvements et acteurs sociaux européens, qui a adopté un appel fixant pour les prochains mois un calendrier de mobilisation européen contre la guerre et le modèle néo-libéral. Que retenir de cette manifestation ?


Une magnifique réussite logistique

Avant tout, que sur le plan matériel, se fut une grande réussite : 51.000 participants (à accueillir, loger et nourrir quotidiennement), des centaines de débats éclatés sur quatre sites - durant 5 jours, une réelle volonté de la part des municipalités de banlieue - qui accueillaient l’événement - d’impliquer leurs populations, avec plus ou moins de bonheur. Une magnifique manifestation de clôture qui a rassemblé près de 100.000 personnes dans les rues de Paris le samedi 15 novembre. Surtout, la présence de nombreuses délégations venant de l’ensemble du continent, notamment des pays de l’Est, et une première présence remarquée des associations et mouvements issus de l’immigration.

Reste que ce tour de force logistique, uniquement possible grâce à l’aide de dizaines de militants bénévoles et aux subventions publiques dont a pu bénéficier le Comité organisateur français, ne doit pas faire oublier les défis qui se posent au mouvement altermondialiste européen, auquel Paris/Saint-Denis devait servir de catalyseur. Car malgré l’affirmation mainte fois réitérée que “ la diversité et la pluralité du mouvement est ce qui fait sa force ”, les contradictions sont fortes en son sein, au risque parfois d’entraver les décisions ou de faire reculer les choix d’action. Symptomatiquement, les multiples débats sur la “ démocratie interne ” du mouvement ou sa “ stratégie ” (un séminaire entier du FSE y fut consacré) traduisent bien ce malaise et le besoin de s’interroger sur le “ on va où, avec qui et comment ”. Car c’est à la question de son identité que doit répondre le mouvement dans les prochains mois, sous peine de ne plus constituer une force suffisante pour représenter une véritable alternative à contre-courant du discours néo-libéral dominant.

Une identité toujours en construction

Si le FSE a représenté incontestablement un succès politique et médiatique à l’échelle française, il n’a pas eu le même impact dynamisant que la précédente édition de Florence. Cause en est due à l’éclatement géographique du Forum sur plus de 4 sites diront d’aucun, qui a rendu peu saisissable pour ses participants la force qu’il a représenté, au moins jusqu’à la manifestation du 15 novembre. Reste que même à celle-ci, l’absence d’un mot d’ordre concret et précis (a contrario du “ non à la guerre ” de Florence qui avait rassemblé plus d’un million de personne, et donné le coup d’envoi pour la mobilisation planétaire du 15 février 2003) n’a pu dissiper l’impression de patchwork revendicatif, parfois sainement contradictoire, quelque fois véritablement antagonique, notamment sur la question de la construction européenne. Un visage composite donc, parfois à la Janus, à l’image du mouvement social français, qui, profondément divisé face aux questions que lui posent la contre-réforme néo-libérale actuelle (réforme retraire, ...), n’a pas su refaire son unité à l’occasion du FSE : la CFDT, deuxième centrale syndicat français mais signataire des accords de réforme des retraites, n’était ainsi pas présente à la manif du samedi, tandis qu’un “ forum syndical européen ” était organisé en marge du FSE, comme pour mieux souligner la distance qui sépare certains membres de la Confédération Européenne des Syndicats (CES) du mouvement altermondialiste. Au cœur de ce non-dialogue : la crise actuelle des organisations “ réformistes ” (forces syndicales traditionnelles, social-démocratie, écologie politique, ...), qui semblent avoir épuisée leur force propulsive et/ou assise populaire, sans vouloir encore en tirer les conclusions en terme de formulation de nouvelles alternatives, sans vouloir faire publiquement l’autocritique de leur abdication dans les années 80’ et 90’ au virus des dogmes ultra-libéraux.

C’est peut-être pour rompre avec ces faux-semblants que certains, dont plusieurs militants d’Attac-Bruxelles, se sont investit dans des expériences de vie collective et d’action militante alternatives, tels le “ GLAD ” (Globalisation des Luttes et des Actions de Désobéissances), espace autogéré d’où diverses actions sont nées (réquisition d’immeuble pour des familles sans-logis, occupation d’une agence d’Air France sur les Champs-Elysées pour dénoncer sa collaboration aux expulsions d’étrangers, ...) dans l’esprit de prouver concrètement, ici et maintenant, qu’une autre manière de vivre est possible dès aujourd’hui.

Des choix dans la définition des alternatives

Malgré cela, après des débats parfois virulents, l’appel des mouvements sociaux élaboré lors de l’assemblée du 16 novembre s’est donné un objectif très haut : la constitution d’un réel mouvement social à l’échelle européenne sur la base d’actions concertées autour de deux mobilisations, articulées autour de mots d’ordre précis :
- une journée d’opposition aux guerres et aux occupations de la globalisation néo-libérale (Irak, Palestine, Tchétchénie) le 20 mars 2004 ;
- la transformation du 09 mai 2004 en journée de refus du projet de constitution européenne néo-libéral concocté par la Convention “ Giscard ”.

De ce point de vue, même si la question du rejet du processus actuel de construction européenne n’a pas été explicitement tranchée (afin de “ préserver la force de rassemblement que représente la dynamique des forums sociaux ” dixit le président honoraire d’Attac-France Bernard Cassen - parrain de cette édition française du FSE), et à défaut de clairement en énoncer les alternatives, il n’en reste pas moins que ce calendrier d’action, comme la conclusion de la plupart des séminaires ayant abordés cette thématique, vont clairement dans le sens d’une opposition radicale au projet néo-libéral de superpuissance européenne.

La réussite de cette opposition passe cependant par un effort de clarification des convergences possibles entre forces progressistes sur ces questions. La question des “ alliances ” est donc clairement posée. Quels liens avec les organisations syndicales et les partis politiques qui continuent de croire à un “ accompagnement ” de la globalisation néo-libérale ? Les tensions ont été fortes au sein du Forum sur la présence de partis ayant assumés ou assumant encore, pour partie ou entièrement, des politiques de dérégulation néo-libérale (la social-démocratie, mais plus largement l’ensemble du spectre de la “ gauche parlementaire ” - y compris écologiste ou communiste dans le contexte français de la défunte “ gauche plurielle ”).

Quelles alliances pour construire un mouvement social européen ?

Loin du faux-débat entre “ réformisme ou radicalité ”, le véritable défi du FSE réside donc maintenant dans la construction d’alliances victorieuses afin de démontrer aux citoyens qu’il a la capacité d’influer concrètement (et pas seulement réthoriquement) sur les politiques des Gouvernements. Le mouvement doit tout à la fois préciser ses alliances avec des organisations et choisir les catégories sociales qu’il veut représenter. L’alliance avec le mouvement syndical apparaît comme décisive dans la construction d’un réel rapport de force social au niveau européen. Il a objectivement un grand nombre de revendications communes au mouvement altermondialiste et constitue la force sociale la plus influente dans nos sociétés industrielles. Mais en même temps, le mouvement doit clairement s’ouvrir aux catégories populaires, assument par là ses choix de société. Chômeurs, précaires, ouvriers, employés sont les victimes principales de la mondialisation ultra-libérale.

La prochaine édition du FSE est d’ores et déjà prévue pour l’automne 2004 à Londres (avec le soutien du Maire de Londres - dissident du New Labour de T. Blair). Avant ça, le FSE connaîtra sa réelle épreuve du feu le 09 mai prochain.

Le texte de l’appel des mouvements et acteurs sociaux européens est disponible, comme de nombreuses retranscriptions des séminaires et ateliers, sur le site du Forum Social Européen

Borhane MICHIELS


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