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Jeudi 17 juin, 21 heures 30, à l’Arenberg

« CUBA, UNE ODYSSÉE AFRICAINE » un film de Jihan El TAHRI

CINÉMA d’ATTAC


« CUBA, UNE ODYSSÉE AFRICAINE »


un film de Jihan El TAHRI

De la participation d’Ernesto Guevara à la rébellion congolaise jusqu’au triomphe des troupes cubaines en Angola contre l’armée sud-africaine de l’apartheid, un des reportages les plus passionnants jamais montés sur un chapitre inédit de notre Histoire.

Dès 20 heures 30, LE GRAND DÉBAT :

« Congo : à quand l’indépendance ? »

avec, notamment,

Tony BUSSELEN,
membre de l’association INTAL (International Action for Liberation) qui a habité toute une année à Kinshasa


&
Ludo DE WITTE, sociologue, et auteur de « L’assassinat de Lumumba ».



LA CONTRADICTION PRINCIPALE

« Les pays socialistes sont, dans une certaine mesure, les complices de l’exploitation impérialiste ». Dans un discours messianique prononcé le 24 février 1965 à Alger, Ernesto Guevara officialise sa rupture avec l’Union soviétique et les démocraties populaires d’Europe de l’Est. A l’époque il est vrai, Cuba s’est rapprochée de l’URSS en raison de l’embargo et du blocus américains décrétés contre l’île. Dans ce contexte, il est difficile pour Castro de se disputer avec ses puissants alliés, d’autant que ceux-ci reprochent au Che de rechercher le soutien… de la Chine maoïste.

Guevara ? Ministre de l’Industrie depuis la victoire de la révolution, il est toujours soumis à la même fièvre, à la même sidération politique et morale : aider les guerres insurrectionnelles partout dans le Tiers-Monde (« Créer deux, trois Vietnam », est l’un des mots d’ordre avancés par la Tricontinentale, pour obliger les USA à intervenir partout et à déforcer ainsi leur engagement sur le front vietnamien). Aussi, dès son retour à la Havane, Guevara est mandaté par la direction cubaine pour commencer la révolution en… Afrique.

EXTRAORDINAIRE. Pourquoi ne pas s’appesantir, puisque cela est mille fois vrai ? « Cuba, une odyssée africaine » est un reportage extraordinairement talentueux. Où la réalisatrice, Jihan El Tahri, applique à sa propre démarche filmique une intransigeance et une honnêteté rarement exercées dans le cinéma politique. Car elle y mêle la curiosité et le point de vue d’une cinéaste du Sud, dégagée des filtres essentialistes ou victimaires, avec le recul nécessaire pour décrire le sens présent d’une série d’engagements passés. A l’aide d’archives inédites, d’investigations méticuleuses et la rencontre de protagonistes-clés abordés avec le même respect. Bref, un travail formidable pour que tout se lise comme un roman épique, terriblement humain. Un récit jusqu’ici jamais abordé, parce que boycotté : le rôle historique joué par Cuba dans l’émancipation des peuples d’Afrique noire quand –du Congo à l’Angola, trente ans durant– l’engagement de 500.000 Cubains a été déterminante pour aider des pays soumis à briser le joug colonial. Un engagement désintéressé (c’est trop rare pour ne pas être souligné) sans contre-partie d’aucune sorte…

Ainsi, lorsqu’il débarque au Congo à la tête d’une trentaine de combattants, le « Che » –alias « commandant Ramon », alias « Tatu » (le chiffre 3 en swahili)– a été rendu méconnaissable par les services secrets cubains (rasé de près et cravaté, costume strict et lunettes cerclées).

C’est à 4 heures du matin le 24 avril 1965 que Che Guevara arrive au maquis de Laurent Kabila dans la localité Kibamba (région de Fizi-Baraka). La rébellion congolaise se trouve déjà dans une situation de crise profonde, après les opérations militaires des mois d’octobre et décembre précédents –entreprises par des mercenaires blancs, sud-africains, rhodésiens ou allemands qu’encadrent des officiers belges et américains.

Dans ce dénuement contextuel, l’histoire du Che au Congo sera à la fois pathétique et héroïque. Pathétique, parce que l’entreprise est condamnée à l’échec dès le départ. En débarquant au Congo, le Che et ses compagnons n’ont-ils pas rêvé de rejouer leur propre expérience des luttes révolutionnaires à Cuba et en Amérique latine ? En tous cas, Guevara se lancera immédiatement dans l’instruction militaire des « lumumbistes », les partisans de l’ancien dirigeant de gauche assassiné quatre ans auparavant sur ordre de Washington, avec la complicité activiste des autorités belges et l’aval du Roi Baudouin. La force du film d’El Tahri repose alors sur le témoignage des acteurs retrouvés de l’époque : les survivants de l’aventure africaine du Che, les responsables russes, africains ou américains en place alors au Congo (notamment Larry Devlin, chef du bureau de la CIA à Léopoldville qui raconte sans état d’âme comment il a reçu la consigne de faire disparaître Lumumba et estime que le Congo, « c’était un peu l’Irak d’aujourd’hui »).

Mais le film est également truffé d’anecdotes sur la vie quotidienne de ces guérilleros latinos dont on apprend par un leader africain hilare qu’ils avaient « une peur bleue des crocodiles » du lac Tanganyka et qui découvrent, pour leur part, l’abîme culturel qui les sépare de leurs camarades africains. On se doute déjà de la suite. L’assistance fraternelle apportée par Guevara aux maquis mulélistes tourne court. Le Congo reste aux mains du sinistre Mobutu.

LA PREMIÈRE FOIS. « L’odyssée cubaine » commence donc au Congo par un échec. Mais de 1965 à 1989, du Congo lumumbiste à l’indépendance de la Namibie (en passant par l’Afrique du Sud et la fin de l’apartheid), le documentaire va retracer les plus sublimes années d’un internationalisme inédit. « Un remarquable documentaire », avouera Le Figaro, à la sortie du film. « Passionnant », rajoutera Le Monde. « Non, magistral » (Télérama). « Pour la première fois dans certains grands médias français, explicitera Ignacio Ramonet, ex-directeur du Monde diplomatique, on ne diffame pas Cuba, et –chose encore plus rare– on lui rend justice ». C’est peu dire.

Il est vrai que pour un grand nombre de personnes (y compris au sein de la gauche), Cuba continue de susciter critiques et méfiances. La révolution cubaine ? Elle est devenue en Europe un sujet de controverses, un thème éminemment passionnel qui fragmente et divise.

En réalité, il est rarissime de rencontrer quelqu’un (favorable ou non au socialisme castriste) qui parvienne à émettre sur Cuba une opinion sereine et documentée. C’est bien là l’intérêt de ce long métrage pour lequel Jihan El Tahri a travaillé plus de trois années. Comment un petit pays de 11 millions d’habitants a-t-il pu développer un internationalisme humaniste à l’échelle de tout un continent ? Comment a-t-il pu, en effet, faire vivre un tiers-mondisme réel, qui n’a jamais été deux-tiers mondain (n’en déplaise à la gauche caviard et à la petite-bourgeoisie caviardée) ?

La réponse se trouve, peut-être, au tout début de ce documentaire impeccable lorsque pour son tout premier voyage hors d’Afrique du Sud depuis sa libération, Nelson Mandela se rend à Cuba (en juillet 1991) et, s’adressant à Fidel Castro, lui lance : « Avant toute chose, vous devez me dire quand vous viendrez en Afrique du Sud. Nous avons reçu la visite de tas de gens. Et vous –qui nous avez aidés à entraîner nos combattants, qui avez financé notre lutte pour qu’elle puisse continuer, qui avez formé nos médecins…–, vous n’êtes jamais venu chez nous. Pourquoi ? ». Oui, « pourquoi ? »…


Jean FLINKER

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