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Dans les coulisses du pouvoir américain

Petite introduction à la RAND Corporation...

La RAND (Research ANd Development) Corporation, vous connaissez ? Non ?

Eh bien, vous auriez intérêt. Car c’est un des lobbies américains les plus influents et les plus puissants. Créé à l’initiative du Pentagone, il est fortement lié aux réseaux militaires aux Etats-Unis. Elle publie de nombreux rapports qui souvent définissent la politique étrangère américaine.

Article paru dans Angles d’Attac, n°44, avril 2003, p.3.


Dans les coulisses du pouvoir américain

Petite introduction à la RAND Corporation...

La RAND Corporation se décrit comme une « institution à but non lucratif facilitant l’amélioration de la prise de décisions politiques à travers la recherche et l’analyse ». Basée principalement à Santa Monica, à Arlington (près de Washington DC) et à Pittsburgh, elle est aussi installée en Europe à Leiden, Berlin et Cambridge. A travers le développement de nouvelles « connaissances », l’analyse de situations politiques et surtout la recommandation de nouvelles voies à suivre, la RAND Corporation joue un rôle clé dans l’élaboration et la mise en pratique de politiques non seulement aux Etats-Unis mais à travers le monde. Etant donné le climat international actuel, nous nous concentrerons ici sur les actions de la société envers la politique américaine.

Le premier organisme à jouir du nom de « think tank » (littéralement : char ou réservoir à penser), la RAND (Research ANd Development) Corporation fut créée par son premier client, l’armée de l’air américaine, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Des négociations aux plus hauts échelons du Département de la Guerre avec des membres de l’industrie et du Bureau de Recherche et Développement Social conduisirent à la création de cette institution privée officiellement dédiée à « la promotion de la science, de l’éducation et de la charité pour le bien-être et la sécurité des Américains ».

Se chargeant de faire des liens entre la stratégie militaire, la recherche technologique et le développement, la société s’occupa dans un premier temps principalement d’avions, de fusées et de satellites. Ayant attiré un corps de chercheurs aux formations diverses, la RAND aida ensuite dans les années 60 à élaborer le système informatique qui déboucha finalement sur l’Internet. Depuis lors, l’armée américaine reste un des premiers clients de la RAND qui a élargi son champ d’action aux domaines des politiques internationales et sociales.

En effet, aujourd’hui la société influence et contribue même à préparer les politiques menées par le gouvernement américain en matière d’enfance, de justice criminelle et civile, de drogues, d’éducation et de santé, d’infrastructure, de population, de technologie et de...sécurité nationale et terrorisme. Pour entreprendre ces recherches, elle est financée par des fonds publics et privés : en 2000, $140 millions de dollars acquittés à la RAND proviennent des impôts payés par les citoyens américains.

La collaboration étroite entre gouvernement et industrie n’est pas une anomalie puisque le principe fondateur de la RAND prône la participation de membres des élites gouvernementales et industrielles. Ainsi, le conseil administratif de la société est composé de représentants des médias, de Wall Street, des cabinets de droit des affaires, de l’industrie automobile, de l’immobilier et de la défense, ainsi que d’une poignée de professeurs d’université. Ainsi, Donald Rumsfeld, l’actuel secrétaire à la Défense, a été président de l’organisation et Condoleeza Rice, l’actuelle conseillère du président en matière de sécurité nationale, en a été administratrice.

Quelle influence la RAND a-t-elle ? Prenons le cas de la « sécurité nationale » (autrement dit : la politique étrangère). La RAND prétend enquêter sur les origines, le développement et les implications du terrorisme. Développant un corps de théorie, elle propose des solutions aux gouvernements et au secteur privé. La publication « Deterrence and influence in counter-terrorisme » (Dissuasion et influence dans le contre-terrorisme) prône la guerre et la destruction de choses chères aux terroristes. « Toxic Warfare » (Guerre toxique) souligne la menace des armes biologiques et chimiques. « Protecting the Homeland » (Protéger le territoire national) met en avant la nécessité d’une protection militaire du territoire américain et « The Role of the Office of Homeland Security in the Federal Budget Process » (Le rôle du Bureau de la Sécurité intérieure dans le processus du budget fédéral) propose au Bureau de la Sécurité intérieure de collaborer avec d’autres institutions publiques et privées.

L’orientation libérale et belligérante ainsi que l’effet de ces rapports sur l’élaboration des politiques américaines est palpable. Normal puisque les enquêteurs sur le terrorisme gravitent entre les trois mondes du business, du gouvernement et du militaire. En ce qui concerne la recherche sur la sécurité nationale et le terrorisme, l’ancien secrétaire à la Défense (1987-1988) Frank Carlucci est actuellement membre du conseil administratif de l’organisation et détient la co-présidence du conseil consultatif sur la politique publique envers le Moyen-Orient (Middle East Public Policy Advisory Board) de la RAND. Carlucci est également le chef du Carlyle Group, groupe d’investissement de pensions d’une valeur estimée à 13 milliards de dollars qui traite principalement avec les entreprises tirant profit des actions militaires des Etats-Unis (et entretient notamment de forts liens avec la famille royale saoudienne et celle de Ben Laden). George Bush Sr. est conseiller au Carlyle Group et est payé en actions Carlyle. La firme financière profitera de plusieurs milliards de dollars obtenus de la « guerre de terreur » menée par son fils.

La RAND Corporation est un exemple clé de la collaboration de plus en plus évidente entre les élites du business et du gouvernement. Son histoire, sa composition actuelle et la teneur de ses rapports démontrent bien comment la fonction publique est détournée de son but premier (la protection des individus et la solidarité entre citoyens) lorsque l’élaboration de politiques publiques est laissée à des organismes sous-traitants liés au marché financier.

Un dernier avertissement aux créatifs : la RAND commence à « enquêter » dans le domaine des arts...

Els Mc Omish

(1) Federal Procurement Data Center Notons ici qu’en tant qu’ASBL, la RAND elle-même ne paye pas d’impôts.


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