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Mandelson, partisan des relations transatlantiques

La mule de Troie

par Henri

A peine commissaire européen du Commerce, Peter Mandelson s’en va tenir un discours au Transatlantic Policy Network (le réseau de politique transatlantique), le 2 décembre dernier. Comment expliquer cet empressement à nouer des contacts privilégiés avec les Etats-Unis ?

Une petite analyse amène à constater qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé : les partisans de Tony Blair sont souvent aussi des défenseurs du rapprochement avec la Maison Blanche.


Mandelson, partisan des relations transatlantiques

La mule de Troie

A peine commissaire européen du Commerce, Peter Mandelson s’en va tenir un discours au Transatlantic Policy Network (le réseau de politique transatlantique), le 2 décembre dernier. Cet organisme réunit des parlementaires des deux côtés de l’Atlantique (Etats-Unis, Union européenne).

Au-delà de l’étonnement qu’une fois en charge il court vers les réunions avec les Américains, ce sont les propos qui frappent. Mandelson affirme en effet : « Mon engagement en faveur de l’Europe et des relations transatlantiques ont été les deux piliers de ma politique durant toute ma vie adulte. Selon mon opinion, le partenariat est d’une importance fondamentale pour nous tous »  [1].

Ce penchant pour les affinités avec les Etats-Unis n’est pas nouveau. Sans parler des relations nouées dans les organisations de jeunesse [2], Peter Mandelson fait partie d’une association relativement secrète du nom de British-American Project for Successoral Generation (BAP) : projet anglo-américain pour la génération future.

Créée en 1985 par un ami de Mandelson, Nick Butler, aujourd’hui vice-président de BP en charge du développement de la politique et de la stratégie, elle affiche pour but « de créer, à une époque de pressions et de tensions internationales croissantes, une relation plus étroite entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis parmi les gens susceptibles de devenir des décideurs influents durant les vingt ans à venir »  [3].

De ce fait, le BAP s’agrandit chaque année par le recrutement de 48 « jeunes » de 28 à 40 ans (24 Britanniques et 24 Américains), choisis par les membres en place. De cette façon, le BAP a environ 600 adhérents. « Une élite concentrée » , reconnaît même Martin Vander Weyer, journaliste et président jusqu’en 2003 de la partie anglaise [4].

Les sponsors ne sont d’ailleurs pas inintéressants. Ils font partie du gratin des multinationales anglo-américaines : Coca-Cola, Unilever, Monsanto, Philip Morris (devenue depuis Altria), American Express, British Airways, BP, BAT Industries, American Airlines, Du Pont, Honeywell, Raytheon, Texas Instruments, ...

Parmi les membres du BAP, on retrouve quelques membres influents des gouvernements Blair. Outre Mandelson, il y a Jonathan Power, le chef du staff du cabinet Blair et rédacteur d’une partie des discours de Blair, lord Robertson, ancien secrétaire général de l’OTAN, Geoff Mulgan, ancien chef de l’unité politique et stratégie du Premier ministre, la baronne Liz Symons, ministre d’Etat [5] pour les Affaires étrangères et du Commonwealth, la baronne Scotland, ministre d’Etat aux Affaires intérieures...

Quelle est l’influence exacte du BAP ? Il est très difficile de l’affirmer. Néanmoins, elle existe. Sa création coïncide au moment où les Américains se disent que, décidément, la Grande-Bretagne et surtout le parti travailliste ne sont pas très fiables dans leur amitié avec Washington, alors que ces relations intimes sont fortes depuis 1945 (avec quelques frictions, comme lors de l’affaire du canal de Suez en 1956).

D’autre part, il est clair également que le courant Blair a repris l’étroite collaboration anglaise avec les Etats-Unis. Dès son arrivée au pouvoir, en 1997, une équipe du gouvernement, dirigée par Tony Blair, se rend outre-Atlantique. Clinton leur explique son optique : « L’influence britannique sur Washington dépendra largement dans le futur de l’influence qu’aura la Grande-Bretagne en Europe »  [6].

On ne peut pas mieux exprimer le rôle de cheval - ou de mule selon l’expression de Keith Dixon - de Troie que veut faire tenir la Maison Blanche à l’Angleterre. Mais, depuis lors, Londres ne s’en départira pas. C’est pourquoi Blair défendra la mission de pont que joue la Grande-Bretagne entre les deux côtés de l’Atlantique. Et sa critique vis-à-vis du parti conservateur portera justement sur le fait qu’il n’a pas réussi à avoir une emprise sur l’Europe.

Peter Mandelson, dans un éditorial publié sur le site de Policy Network, exprime le même point de vue : « La vérité est que, si nous [7] avons une réelle influence sur Washington, nous avons une réelle influence sur l’Europe en même temps. Le plus fort nous sommes en Europe, le plus fort nous serons avec Washington. Cela signifie qu’en Grande-Bretagne, nous nous voyons comme leader et initiateur de la destinée européenne »  [8].

Il semble donc que le gouvernement Blair envoie ses pions à l’Union européenne. Après Robert Cooper comme idéologue de la politique de défense et de sécurité commune [9], voici Peter Mandelson et Roger Liddle, pour mettre l’Europe sur les positions américaines : libéralisme, soutien aux interventions militaires, lutte contre le terrorisme...

Henri Houben

Notes

[1Peter Mandelson, « The case for a fresh start in EU-US trade relations », Discours prononcé au Transatlantic Policy Network, Bruxelles, 2 décembre 2004.

[2Voir article La symphonie libérale.

[3Duncan Parrish, « The British-American Project : right-wing conspiracy or right-on broker of the special relationship ? », New Stateman, 17 mai 1999.

[4Andy Beckett, « Friends in high places », The Guardian, 6 novembre 2004.

[5Le titre de ministre d’Etat signifie en Grande-Bretagne qu’on travaille sous l’autorité d’un secrétaire d’Etat, qui est le véritable poste de ministre selon l’acception continentale.

[6John Kampfner, Blair’s Wars, The Free Press, Londres, 2004, p.12.

[7Le « nous » désigne la Grande-Bretagne.

[8Peter Mandelson, « Transatlantic Relations », Policy Network, 2004.

[9Voir article sur le site : La fracture des nations.


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