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Le service européen aux entreprises

« La Commission de Lisbonne »

par Henri

Quelle est la priorité pour la Commission européenne fraîchement nommée ? Elle n’en fait aucun mystère : il s’agit de mettre en œuvre la stratégie de Lisbonne. Celle-ci prévoit de faire de l’Europe en 2010 « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » . D’où toute une série de mesures pour réduire le coût salarial des travailleurs, pour privatiser un certain nombre de secteurs, pour flexibiliser l’emploi, pour favoriser les pensions privées, etc.

Mais les organisations patronales sont mécontentes. L’objectif de Lisbonne est une bonne orientation, affirment-elles. Mais cela ne va pas assez vite et les gouvernements nationaux n’appliquent pas réellement les directives de la Commission. Il faut mettre l’accent sur ces points.

C’est pourquoi les chefs d’Etat ont décidé d’ériger un groupe de travail, dirigé par l’ancien Premier ministre néerlandais Wim Kok, pour proposer des mesures de façon à accélérer le processus et à atteindre enfin les objectifs en 2010. Des dispositions que la nouvelle Commission, qui s’intitule elle-même la Commission de Lisbonne, va reprendre à son compte et imposer aux différents pays européens.

Le fond de l’Europe risque d’être socialement de plus en plus chaud.


Le service européen aux entreprises

« La Commission de Lisbonne »

« Jouer pour gagner » . C’est sous ce titre que l’UNICE, la confédération européenne patronale, a organisé un séminaire adressé aux chefs d’entreprise à Bruxelles, le 9 décembre dernier. Avec un certain succès, puisqu’ils étaient des centaines à y assister, selon le communiqué de presse de l’association UNICE, [1]. Le but de la journée, tenue dans les bâtiments mêmes du parlement européen, est de convaincre les hommes politiques présents de la nécessité et de l’urgence d’appliquer de facto le processus de Lisbonne.

Car les décideurs politiques étaient bien présents à cet événement. Sans doute pas aussi nombreux que lors de l’European Business Summit, cette autre activité lancée par l’UNICE et qui accueille tous les deux ans une petite dizaine de commissaires européens. Cette fois, il y avait quand même le président de la nouvelle Commission, José Manuel Barroso, un de ses vice-présidents, Günther Verheugen [2], le président de la Banque centrale européen, Jean-Claude Trichet, la commissaire à la Politique régionale, la Polonaise Danuta Hübner, et celui de l’Education et de la Formation, le Slovaque Jan Figel.

Les patrons sont mécontents. Le processus de Lisbonne, issu du sommet européen de mars 2000, promettait de faire en 2010 de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » . Cela, en rognant sur les coûts salariaux, en flexibilisant au maximum le travail (emplois précaires, temps partiels, horaires coupés, etc.), en diminuant les « charges » patronales et en privatisant quatre grands secteurs (les télécoms, le transport, l’énergie et la poste). L’indicateur central est de faire passer à 70%, le taux d’emploi c’est-à-dire le nombre de personnes étant occupées [3] par rapport à la population âgée entre 15 et 64 ans. Fin 1999, ce taux n’était que de 61% en moyenne dans l’Union [4]. La hausse de cet indice signifie la volonté de mettre les gens au travail, mais à n’importe quelles conditions.

Depuis lors, les progrès sont néanmoins faibles. La croissance économique est plus basse en Europe qu’aux Etats-Unis et qu’en Asie. Le taux d’emploi demeure loin des 70% escomptés et nous sommes à mi-parcours (entre 2000 et 2010). D’où l’irritation des chefs d’entreprise. Ils veulent que les décisions prises à Lisbonne soient effectivement appliquées et les promesses tenues.

Message entendu aussitôt par les responsables européens. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a immédiatement répondu : « Lisbonne est une priorité majeure de ma Commission. (...) Lisbonne doit devenir une partie de l’agenda politique national. Les hommes d’affaires doivent devenir des avocats même plus bruyants en faveur du changement. (...) Je suis convaincu que notre Commission accordera beaucoup d’importance à la croissance et à l’emploi [5], de telle sorte que nous serons véritablement, selon vos termes, la Commission de Lisbonne »  [6].

C’est dans ce cadre que le sommet du printemps 2004 avait donné mission à un groupe d’experts dirigé par l’ancien Premier ministre néerlandais Wim Kok de préciser les mesures qui devraient être prises pour que les pays européens parviennent à leurs objectifs pour 2010. Les conclusions de ce comité recoupent les critiques patronales (comme par hasard !) : les décisions prises à Lisbonne vont dans la bonne direction, mais il faut les appliquer ; ce sont surtout les gouvernements nationaux qui freinent, qui ne mettent pas en pratique les dispositions législatives européennes ; il faut relancer le processus, l’accélérer.

Comme chaque année, le sommet européen de mars se concentrera principalement sur l’évaluation de la stratégie de Lisbonne et donc sur les propositions élaborées dans le rapport Kok. Les chefs d’entreprise, par la voie de l’UNICE, se montrent très favorables à ce document. La Commission aussi, puisqu’elle va conseiller aux différents gouvernements de reprendre en grande partie les conclusions du rapport Kok.

C’est pourquoi il est important d’être des centaines de milliers à protester contre cette politique dans les rues de Bruxelles le 19 mars prochain. Car Kok signifie appliquer les mesures de Lisbonne : flexibilité de l’emploi, généralisation du travail intérimaire, allongement de la carrière, hausse effectif de l’âge de la pension, chasse aux chômeurs, pression à la baisse sur les salaires...

Henri Houben

Notes

[1« UNICE Competitiveness Day - Play to Win ! Hundreds of entrepreneurs demonstrate in Brussels for a competitive Europe », Press Release, 9 décembre 2004. L’UNICE se nomme elle-même la voix des hommes d’affaires, puisqu’elle regroupe 36 fédérations de 30 pays européens, soit paraît-il 20 millions d’entreprises. Toute information vient du site : UNICE

[2Sans doute le plus important, car en charge de la Compétitivité, responsable de l’Entreprise et de l’Industrie.

[3La notion d’occupation est ici très relative, car elle comprend aussi bien ceux qui ont un emploi à temps partiel, à titre temporaire ou qui sont en formation.

[4Voir l’article sur le site d’Attac qui détaille les mesures concrètes prises à Lisbonne : Les mesures du processus de Lisbonne

[5Les buts officiels du processus de Lisbonne.

[6José Manuel Barroso, « The Lisbon Commission », UNICE Competitiveness Day, Bruxelles, 9 décembre 2004. Discours de Barroso


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