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OGM : essai de décontamination des cerveaux


Démontage des arguments de vente avancés par les partisans d’une invasion génétique non souhaitée, non souhaitable, incontrôlée, incontrôlable, logiquement et humainement inappropriée et inappropriable. La mode est au mensonge et aux discours nihilistes, les génies s’attaquent aux utopies. Heureusement, il en est toujours qui croient à leurs utopies, sachant que sans elles, la vie risque bien d’être nulle. Parlons ici de l’utopie de la vérité médiatique, du souci de vérité des propos : on ne peut pas manipuler sans cesse le public, travestir les réalités et les vérités impunément et exiger du public un comportement de mouton satisfait. Le public n’est pas satisfait, le public n’est pas dupe des mensonges servis à toutes les sauces.

Nous devons aimer la vérité non parce qu’elle nous favorise mais parce qu’elle est la vérité.

Marc Wellman « Tomates, empoisonnées », déclaration sur la logique et le théâtre.
Concernant les OGM, leurs plantations, leurs disséminations appelées
pompeusement « essais », il est regrettable que des citoyens soient
obligés de se mettre en danger, de se faire arrêter, juger, emprisonner
pour que le sujet de leur à-propos, de leur bien-fondé soit abordé.
Telle est bien la politique appliquée : absence de débat public,
dénigrement des opposants, vigilants traités de passéistes, négation
des évidences (pas de risques pour la santé humaine, animale,
environnementale), mise en avant de l’argument de la recherche.
L’arsenal de communication des multinationales est varié et repris en
écho par les politiques et les crédules.
La véritable recherche promue actuellement est en fait la recherche
développement qui permet le financement public de sociétés privées,
notamment biotechnologiques et non la recherche fondamentale, recherche
scientifique visant la compréhension du vivant.

Le fatalisme, technique médiatique et politique

Les toutes boîtes et journaux gratuits s’activent pour la cause. Ainsi
dans Park Mail , on pouvait lire en mars 2003 : « l’utilisation des OGM
à grande échelle est pour ainsi dire inscrite dans les astres », ah
bon !
Les discours politiques disent en substance : « ce n’est pas bon, mais
nous n’y couperons pas », c’est inéluctable, irrépressible,
incontournable ...
Mais pourquoi donc ce fatalisme ? De qui, de quoi serions-nous les
jouets ? Quelle fatalité oblige les êtres humains hautement évolués et
développés que nous sommes censés être à accepter des technologies
inutiles et nuisibles à différents niveaux ? En fait le fatalisme
incite au découragement et à l’absence de réaction, à l’immobilisme
destructeur. Faisons donc preuve de courage, prenons la parole,
exprimons notre opinion.

Autres moyens de diffusion : la banalisation, la confusion du sujet, le
produit d’annonce

Le quotidien gratuit Metro glisse régulièrement dans ses rubriques un
sujet évoquant de près ou de loin les OGM, toujours sous leur aspect
positif ou censé l’être bien entendu. Relevons l’annonce du nombre
d’hectares emblavés, la mise au point de plantes absorbant les métaux
lourds du sol ou encore de plantes détectant les mines antipersonnel.
Le titre d’annonce est toujours positif, les articles sont courts et ne
s’attardent pas sur le fait que ces produits sont seulement à l’état de
bonnes intentions ou confinés dans les laboratoires, loin d’être
commercialisés, loin de sauver les vies. On entretient la confusion en
laissant croire qu’ils sont effectifs. En attendant, l’idée que le
transgénique peut être positif fait son chemin. Les bonnes intentions
séduisantes servent de produit d’annonce, le sujet est banalisé, le
germe d’acceptation est semé.
Quelle meilleure technique qu’un journal gratuit pour pénétrer
l’opinion, pour diffuser sans en avoir l’air ? Bien sûr, ce ne sont pas
les opposants, ni les scientifiques conscients qui ont les moyens ou
l’occasion de s’exprimer ainsi tous les jours dans la presse à large
diffusion.
Jamais un article d’analyse dans ce journal n’expose tenants et
aboutissants des différents types OGM.
Dans le style banalisation, notre télévision de service public (payée
par tous et par la pub pour informer valablement les citoyens) a choisi, elle, de commencer par les racines, à savoir qu’elle s’adresse notamment aux
enfants, elle les éduque. Ainsi, depuis des années déjà, elle présente
un personnage à deux têtes (une noire, une blanche) pour un même corps,
appelé génome. Ce génome a fait l’objet de critiques du public même
d’ados auquel il s’adresse (langage peu relevé, agressif...). Mais la
chaîne a défendu son personnage qui sert sans doute habilement à
familiariser les jeunes esprits à l’idée de manipulation génétique
généralisée. L’émission « c’est pas sorcier » veillait également à ne
pas encourager les critiques, ni avaliser les inconvénients patents des
OGM .
Des programmes se mettent en place pour acclimater les élèves au sujet
dans les écoles. Après coca-cola et kellogs, qui verra t’on envahir les
cours : les laits probiotiques ?

Le journal « Imagine » s’ingénie lui à prôner la réconciliation entre
Monsanto et Greenpeace.

Voilà un des derniers arguments mis en branle, repris récemment avec
variante par Le Soir : « fabriquer de toutes pièces un peuplier
génétiquement modifié qui devrait réconcilier les écolos avec la
biotechnologie »
Chacun son style pour convaincre, mais il serait bien difficile et non recommandable de se
réconcilier avec une firme qui encourage la délation dans les campagnes. En
Amérique, Monsanto publie un numéro d’appel gratuit où qui veut est
invité à dénoncer des actes de piraterie, consistant à semer le grain
récolté . Selon le contrat établi entre tout semeur et Monsanto, tout
grain récolté doit retourner à Monsanto chaque année, c’est ce qu’on
appelle le terminator contractuel, puisque de facto, la plante est
rendue stérile juridiquement. Une firme qui ruine les paysans et répand
sans vergogne des arguments mensongers : meilleurs rendements, moins de
pesticides...

En réalité

Il faut distinguer OGM et OGM, nul n’est contre la recherche, le
progrès scientifique, mais distinguons effet d’annonce et réalité
concrète, recherche fondamentale et recherche appliquée.

OGM ou organisme génétiquement modifié : organisme vivant (plante ou
animal) créé en introduisant de façon non naturelle dans l’ADN d’un
organisme existant un ou plusieurs gènes (des copies de gènes en fait)
d’une autre espèce. Cet organisme est capable de se reproduire et de se
croiser avec des plantes ou des animaux de son espèce et de disséminer
ses gènes modifiés.
Actuellement dans le monde, les organismes transgéniques commercialisés et
disséminés dans l’environnement sont à plus de 99% des plantes
modifiées dans le seul but de tolérer (71%) ou de produire des
pesticides (G.E.Seralini).
Les OGM commercialisés dans le monde se résument surtout à 4 plantes :
soja 61%, maïs 23%, colza 11%, coton 5%. Ils occupent 70 millions
d’hectares, soit quelques pour cent des terres cultivées de la planète.
Les brevets tant convoités par les 5 grandes firmes mondiales leur
permettraient de contrôler 50% de l’énergie alimentaire mondiale, cas
unique dans l’histoire (Seralini). Tous les pays qui s’affilient à
l’OMC deviennent redevables vis-à-vis des brevets.
En 2002, 91% des cultures transgéniques dans le monde étaient issues de
semences Monsanto et accompagnées de l’herbicide Roundup/glyphosate
(Greenpeace).

Libre choix ?

En Europe, les seules grandes cultures autorisées depuis 1998 sont des
cultures de maïs : 0,01 % des surfaces agricoles. Ceci ne reprend pas
les essais en champ qui peuvent concerner d’autres végétaux (colza ...).
Entre 1999 et 2004, aucune nouvelle culture OGM n’a été autorisée en
champ (moratoire). Aujourd’hui, l’OMC somme l’Europe de lever le
moratoire, obstacle au libre commerce et au libre choix. Le libre choix
est un argument de vente américain, utilisé également pour la viande
aux hormones. On y défend le droit du consommateur à choisir entre deux
produits, par contre aujourd’hui tout étiquetage « non OGM » disparaît
aux USA. On voit mal où reste le libre choix, ce n’est qu’un argument
séducteur, repris depuis ce week-end par nos grandes surfaces (huile de friture).
En Belgique, les verts n’étant plus dans le gouvernement fédéral, on
s’active sur la transposition en droit belge de la directive européenne
autorisant l’implantation de divers OGM. Idem pour la France au moins et l’Allemagne à présent.
Mais, pour éviter la discussion de la règlementation par le parlement
belge, les ministres chargés de cette matière ont préparé un arrêté à
discuter en régions et l’administration wallonne prépare un texte
concernant la coexistence et la responsabilité.

L’argument écologique (de l’industrie), les OGM, bienfait pour
l’environnement

Contrairement à certains discours répandus, les plantations d’OGM ne
réduisent pas l’utilisation de pesticides : 50 % de plus en 5 ans
(entre 95 et 2000) pour les cultures de soja et de blé aux USA.
Voir en référence : le rapport « genetically engineered crops and
pesticide use in the United States : the first nine years (1996-2004)
From Charles M. Benbrook (Biotech Infonet, Technical Paper number 7,
october 2004) Disponible sur :
http://www.biotech-info.net/Full_version_first_nine.pdf
S’il est nécessaire d’expliquer : on veillera en début d’utilisation à
mettre en avant des avantages patents puisqu’il s’agit de vendre plus
cher une technologie non demandée, on avance des arguments susceptibles
de convaincre les environnementalistes et ceux qui ont besoin d’une
rentabilité accrue pour changer leurs habitudes d’achat (planteurs,
consommateurs).
Mais les techniques liées aux grandes cultures US (90% des cultures
concernent l’Amérique, l’Argentine, le Canada) sont spécifiques : les
terres cultivées sont beaucoup plus étendues et on répand les
herbicides par avion. La plupart des OGM cultivés étant rendus
résistants à l’herbicide, on peut en répandre une quantité variable,
sachant que la plante que l’on désire récolter résistera de toute
façon au produit répandu. Répandre plus de pesticides signifie par
contre éliminer toutes les plantes indésirables. C’est cela qu’on
appelle « simplifier le travail ». Mais, au fil du temps, les
plantes à éliminer s’adaptent elles aussi au produit, la nature ayant
ses propres arrangements avec la vie, il faut donc répandre toujours
plus de pesticides ou rendre ceux-ci plus puissants pour s’assurer
d’éliminer les indésirables...

Ceci ne concerne pas seulement les cultivateurs : environ 50% des
pesticides sont utilisés pour usage domestique : jardins, pelouses,
trottoirs....

Nourrir le monde, aider les plus pauvres, ceux qui ont faim ?

Globalement, la terre produit en quantités plus que nécessaires pour
nourrir le monde. Ce qui est en cause, c’est l’accessibilité de cette
nourriture. Même dans le tiers-monde, des centaines de personnes ont
faim alors que l’on stocke les denrées à quelques kilomètres de là.
Exemple de l’Inde : avant on cultivait l’arachide dans le district de
Warangall, la pression de l’industrie a fait investir dans le coton Bt
de Monsanto. Il a fallu utiliser des engrais, emprunter car ces
cultures coûtent beaucoup plus cher. Les paysans n’ont plus aujourd’hui
d’argent pour cultiver, les champs sont en friche. Désespérés de ne
pouvoir honorer leurs dettes, des dizaines de paysans se suicident.
Les paysans indiens représentent 1/4 des paysans du monde, l’Inde est
potentiellement riche, le climat permet de produire toute l’année. La
révolution verte avait déjà poussé à la monoculture, abandon des
cultures vivrières, utilisation massive d’engrais et de pesticides, les
sols sont abîmés, salinisés, occupés aussi par la culture industrielle
de crevettes (exportées bien sûr). La Banque mondiale a mis en place la
corporatisation de l’agriculture indienne, ruiné les paysans en
poussant à la monoculture d’exportation, confisqué les terres fertiles.
Le plan du gouvernement est de réduire la population agricole de 40%
d’ici 2020. Certains n’ont plus de quoi acheter le riz pour nourrir
leur famille. Pourtant, à quelques kilomètres, les entrepôts sont
pleins. La Food Corporation of India compte 1500 entrepôts, la capacité
de stockage est de 23 millions de tonnes, 35% des céréales invendues
dans les entrepôts sont dévorées par les rats. L’Union européenne exige
60% de droits de douane sur le riz décortiqué, préférant faire tourner
les moulins de décorticage en Europe. Le riz n’est plus rentable, on
stocke...
Des milliers de paysans endettés vont grossir les bidonvilles des
villes. 150 familles par jour s’exilent à Bombay.
C’est un exemple de l’inaccessibilité des productions à la
consommation, il y en a d’autres : stockages américains, européens,
autres .... Les marchands attendent de présumées périodes favorables pour
écouler les produits et pérenniser le profit au détriment des vies
humaines.
Chiffres illustratifs : en 2000, le coton africain était vendu 200
FB/kg, en 2001, 175 FB, et aux USA la même année, 700 FB/kg. En 2000
toujours, Nestlé, gros acheteur de café, a augmenté son bénéfice net de
15,9%, en 2001, le même bénéfice net a augmenté de 78%.
Qu’on ne réduise donc pas les problèmes ! ! ! ! !

Déposséder le monde agricole de ses terres n’aidera pas la population à
mieux se nourrir

Comme le disent si bien les paysans thaÏlandais, le monde n’a pas besoin de riz à la
vitamine A , mais bien de riz à la vitamine L et M, Land and Money,
terre et argent.
Or, à quoi aboutissent les stratégies des multinationales sinon à
diminuer le nombre de personnes pouvant encore vivre de la terre ou/et
s’approprier les terres qu’ils cultivent ? Ces constatations ne sont
pas valables uniquement dans le tiers-monde mais partout. On parle des
sans-terre du Brésil mais on devrait étudier comment s’étend ce
phénomène et qui sera sans terre demain.

Venons en au fameux riz jaune enrichi en vitamine A

Exemple type du prétexte qui séduit les foules, ce riz n’existe pas comme
la plupart des inventions servant à la promotion « ogémique » qu’à
l’état de projet et pourtant, médiatiquement, c’est l’OGM le plus connu au monde, qui par contre connaît les produits Bt, les plus répandus commercialement au monde ? Comme la plupart des soi-disant inventions ogémiques, un riz (des riz)
riche en vitamine A existe à l’état naturel, adaptation au milieu .
Vandhana Shiva qui tient une ferme et organise la préservation des
semences en Inde, prix Nobel alternatif : « le riz rouge est cultivé
dans les montagnes, il contient 2 fois plus de bétacarotène (vitamine
A) et 100 fois plus de fer que le nouveau riz annoncé. L’épinard
sauvage, amaranthe, contient 700 à 1000 fois de vitamine A. Nous
cultivons également un riz résistant au sel naturellement, un riz
résistant à la sécheresse, un riz résistant aux inondations (jusqu’à 5
mètres de haut). La technologie OGM consiste à copier ces gènes
d’intérêt naturels et à les insérer dans un riz que l’on prétend avoir
inventé.

L’invention est par définition actuelle"brevetable". Ce n’est que la technique qui devrait être brevetable, pas l’organisme transformé puisqu’avant sa chirurgie aléatoire, il appartenait à l’humanité entière.

Le coton Bt adopté par certains a eu pour effet que les insectes se
sont rabattus sur le champ voisin en agriculture traditionnelle ».
D’autre part, pour que ce riz soi-disant enrichi apporte un progrès à
la santé oculaire des populations, il faudrait que la quantité
ingurgitée chaque jour par un adulte atteigne 9 kg de riz bouilli :
cela vous dit ? Une mangue, deux carottes et un bol de riz procurent la
même quantité de vitamine A, de façon naturelle et en apportant
d’autres éléments bénéfiques.
Pour que la vitamine A soit assimilée par l’organisme, il faut que
l’alimentation comprenne également des graisses.
Nous voilà bien loin du résultat avancé. On ne recule devant rien pour
émouvoir les foules. Les enjeux sont de taille puisque le riz
représente la nourriture la plus importante en quantité au monde,
privatiser le riz et sa reproduction serait une aubaine pour les firmes.

Intérêt pour les agriculteurs ? Non, bien sûr

ou croire comme l’avancent certains et comme cela est repris dans
l’étude d’un panel de quidams rassemblés à Gembloux en 2003 et plus soigneusement choisis qu’on ne le dit, dire donc que les agriculteurs ont un intérêt à ces cultures est
parfaitement faux dans l’état actuel des choses. Mais à force de
répandre et de répéter des arguments convaincants, de nombreuses
personnes finissent par les croire, qu’ils soient agriculteurs ou
consommateurs.

Pourquoi n’y a t’il pas d’intérêt ?

Parce que contrairement à des assertions mensongères, il n’est
nullement question de rendements supérieurs, au contraire :
moins 15%
pour le soja, moins 6,4 % pour le colza (chiffres fournis par
l’agriculteur canadien Schmeiser à Namur, octobre 2003).
Au Canada toujours, en 2003, 5 parlementaires australiens ont rencontré des responsables de 38 organismes canadiens afin de juger de l’intérêt de la culture du colza transgénique. 9 personnes sur 10 ont répondu qu’elles ne répéteraient pas l’erreur si c’était à refaire. Les risques (contaminations, pertes de marché) dépassent de beaucoup les bénéfices, les parlementaires proposeront de maintenir le moratoire australien (source : infogm, juin 2003).
Parce que non seulement le rendement (production/ hectare) est
inférieur, mais en plus d’après Schmeiser, les graines coûtent 40 à 50
fois plus cher (et non 40 à 50 %) que les semences conventionnelles,
130 fois plus
que celles sélectionnées par l’agriculteur . Ces
dernières sont devenues une denrée rare dans nos contrées, la plupart
achetant déjà leurs graines aux semenciers, des règles sont d’ailleurs
mises en place pour les y obliger. Par contre dans de nombreux pays du
tiers-monde, cette pratique est encore courante. On en parle très peu
car cela ne concerne pas le public consommateur et en plus ce n’est pas
un bon argument de vente. Les graines sont plus chères parce qu’elles
doivent rentabiliser la recherche, le brevet déposé, soit les royalties
dues pour « l’invention ». Une fois le prix augmenté, il ne diminuera
pas, de même que les prix des biens de consommation ne s’abaissent pour
ainsi dire jamais. Les graines OGM seront croisées et sont déjà
croisées avec des graines non OGM du meilleur rendement, il n’y aura
bientôt plus à ce rythme de « non OGM » et tout sera aligné au même
prix. Tout cela vise non pas un plus grand bien être de l’humanité,
mais des gains plus grands pour les firmes et la privatisation de tous
les organismes vivants.

Autre problème concernant les graines : une disposition se négocie actuellement à l’Europe concernant le taux de contamination acceptable des semences : le taux aux alentours de 0,9 % de tolérance de contamination des graines "conventionnelles " par des OGM : en dessous de ce taux, le pourcentage d’OGM ne devra pas être indiqué sur les paquets de semences. Comment comprendre cela ? Inutile de parler de responsabilité de contamination du voisin par les cultures si les semences des autres sont déjà potentiellement contaminées, que ce soit de 0,5 ou de 0,1 %, qui pourra trouver, prouver d’où vient la contamination : des graines ou du voisin ? D’autre part, une terre ensemencée est déclarée ne plus pouvoir être admise en cultures conventionnelles (sauf erreur) : attention donc aux revirements en cours de carrière !!! C’est la tolérance 0 qui doit être appliquée ou du moins le taux de détection ! Sinon, ne pourrait-on parler de vente forcée ? De contamination forcée ?

Parce qu’il est faux de prétendre que l’utilisation d’OGM simplifie le
travail :
cet argument repose sur le fait qu’un herbicide total est
plus facile à répandre que plusieurs pesticides à combiner.Dans nos
contrées, on ne pulvérise pas par avion et les maïs en jeu sont des
maïs produisant l’insecticide Bt. La copie du gène de Bacillus
Thurigensis (Bt) produit une toxine éloignant certains insectes, mais
ces insectes n’existent pas partout, le Bt n’est donc pas adapté pour
toutes les régions, de nouvelles espèces s’installent sur le terrain
laissé libre, les insectes visés par le Bt peuvent se rabattre sur les
champs voisins non ensemencés en Bt (voir le riz en Inde), des insectes
ont développé des résistances. Le gène est donc insuffisant pour éviter
les prédateurs insectes. Non prévu au départ, un insecticide doit être
répandu pour pallier à l’action du Bt. De plus, l’ADN de la plante Bt
reste dans le sol après récolte (racines) et continue de distiller son
poison. Les plantes Bt distillent 10.000 à 100.000 fois plus de Bt que
ce qu’un agriculteur utiliserait s’il traitait la culture (Benbrook -
Académie des sciences USA).
Concernant la résistance au pesticide associé aux plantes OGM, des plantes
voisines, qui devraient théoriquement être éliminées par le pesticide,
s’adaptent et développent des résistances : d’une part, les doses sont
toujours plus fortes et d’autre part le transgène de résistance de la plante
d’intérêt se transfère aux autres plantes (voir Infogm, décembre 2002). On
augmente donc toujours les doses de pesticides et on y ajoute de l’atrasine
(voir G.E. Seralini).

Parce qu’il existe des risques pour la santé des animaux (et des hommes)

En 2001, cinq vaches nourries avec un maïs transgénique en Allemagne sont
mortes. La production de lait des autres a fortement chuté. En octobre 2002
et en 2003, 7 autres vaches dont mortes. La firme commercialisante a accepté
d’indemniser 5 vaches. Pourtant, les analyses ont disparu en 2001 du
laboratoire sans explication. La cause de la mort n’avait donc pu (?) être
établie (voir Infogm-janvier 2004).
Parce qu’ils seront tenus responsables des contaminations éventuelles
des cultures voisines et devront payer le manque à gagner des voisins
qui ne veulent pas d’OGM. Pour ce faire, ils devront déposer (comme
cela se fait déjà dans d’autres pays) une somme (caution) avant toute
mise en culture (dûment déclarée et encadrée). Lors du colloque sur la
coexistence une citoyenne anglaise a révélé que les sommes déposées en
caution étaient vraiment exorbitantes. Si cela décourage les planteurs,
tant mieux, mais si jamais les firmes réussissent à convaincre
quelques uns par des méthodes diverses, alors. Le résultat sera le
même : l’implantation et la contamination globale Ceci prouve que ce
sont bien les firmes qui doivent être responsables ou ceux qui
permettent cette invasion, à savoir les autorités politiques.
Etre responsable, cela n’est pas seulement une charge, un risque
financier, c’est aussi une charge morale et la perspective de divisions
dans la profession, de rancoeurs, de procès, de frais Qui ne connaît
les procès ne sait pas encore à quoi il s’expose ! ! ! ! le fermier
canadien Percy Schmeiser en procès au Canada contre Monsanto en était
en 2003 à 300.000 dollars de frais d’avocat. Et
l’affaire n’était pas terminée. 550 agriculteurs étaient en procès
contre Monsanto. "Autrefois, nous dit P. Schmeiser, on travaillait ensemble.
C’est terminé, et c’est une des pires choses qui soient arrivées avec les
OGM". On a toujours divisé pour régner mais actuellement on essaye plus que
jamais et il importe d’autant plus de résister. Que les opposants aux OGM
gardent à l’esprit qu’il n’est pas utile d’opposer les agriculteurs « bio »
et les « non bio ». Il ne faut pas en donner l’occasion par le biais des
règlements sur la responsabilité civile qui son à prendre et que certains
voudraient mettre à charge des agriculteurs.
L’offensive OGM provient des firmes, pas des agriculteurs. Ceux-ci sont par
fonction et par nature pacifistes avec la vie car quand on travaille avec
elle, qu’on l’aide à grandir, on la respecte, en général bien sûr. Et on
sait qu’elle aura toujours raison : aujourd’hui ou demain, la nature prendra
ses droits et peut-être rendra ses comptes.

Il se dit qu’au Canada, on va jusqu’à répandre expressément des OGM à l’insu
des agriculteurs pour mieux contaminer les champs. Le contrat qui lie
l’agriculteur à Monsanto -par exemple, mais voir aussi les autres firmes, se
renseigner auprès d’elles- lui interdit de récolter les repousses
spontanées. Comment empêcher les repousses ? Revenir aux semences
conventionnelles (à supposer qu’elles existent encore) place presque à coup
sûr l’agriculteur en situation d’infraction avec cette disposition et
l’expose donc à la menace d’un procès "pour vol de technologie".
Pour toutes ces raisons, 50% des producteurs en Amérique ont abandonné les
OGM et vivent dans la crainte de représailles car ils savent que leurs
cultures sont contaminées.On apprend par ailleurs que Monsanto a arrêté en
mai 2004 son travail sur le colza en Australie et ses recherches sur le blé
aux USA (50% des agriculteurs étaient contre ces cultures).
La firme Bayera également cessé en juin 2004 sa commercialisation du colza
en Australie, et vient de stopper ses recherches en Angleterre et en Inde
(novembre 2004).Quelle sera la suite, qu’est ce que ces arrêts (momentanés
 ?) motivés par le refus des agriculteurs présagent réellement ? En
attendant, que cela fasse école et serve de raison de méfiance aux éventuels
amateurs de nos contrées ! Que ce soit en Inde, aux USA ou ici, si on
utilise ces systèmes de production, ne survivront que les plus nantis, ceux
qui ont de quoi résister aux énormes frais à engager, sans retour de
résultat. Tout cela pour avoir le droit de cultiver la vie qui n’appartient
qu’à elle-même ! ! !

Qu’avance t’on encore ?
Que « l’action humaine est rassurante ! »

La nature serait « par nature dangereuse parce qu’imprévisible » ??? L’homme,
lui, la maîtriserait, la rendrait fréquentable. Quelle drôle d’assertion. Si
à ce jour l’homme a décodé la structure de l’ADN de 3 plantes (arabidopsis
ou arabette, riz et peuplier), il ne connaît pas toutes les fonctions des
gènes qu’il a recensés, ni les utilités de leurs agencements : on compte
entre 45.000 et 55.600 zones actives (et gènes) pour le riz, soit 15.000
gènes de plus que l’homme,cela donne pour le riz 466 millions de paires de
base, soit 6,7 fois plus que pour l’homme (J.Poncin- Le Soir 2004). Toute
modification de l’ADN peut avoir des conséquences parfaitement inattendues.
Quelle réorganisation peut provoquer l’ingérence dans cet agencement
complexe et mystérieux ? La mode est bien aux manipulations et aux
apprentis sorciers.
Les qualités nutritionnelles des aliments seraient améliorées
Comme on l’a vu plus haut, les sélections naturelles existent déjà. Les OGM
brevetés ne font que copier les caractéristiques de gènes spécifiques
existant à l’état naturel, les insérer dans l’ADN de
graines précédemment sélectionnées et performantes en les accompagnant de
gène(s) marqueur(s),généralement des gènes de résistance aux antibiotiques
car facilement identifiables et moins coûteux . La technique utilisée pour
ce faire est celle du bombardement par un canon. On projette une quantité de
gènes qui doivent percer l’enveloppe de l’ADN et se nicher ensuite où ils
peuvent, le nombre degènes qui parviennent dans l’ADN est aléatoire. Les
graines sont ensuite triées. Grâce au gène marqueur on repère les plantes « 
atteintes », dont l’opération (ou le viol) est réussie.
Reste à présenter cette fabrication (chimère génétique comme le dit
Séralini) comme une invention et à la faire breveter. Personne alors ne peut
l’utiliser sans payer le brevet.
Mais
Les plantes ne sont pas si bêtes. Les gènes insérés dans l’ADN des plantes
sont considérés par celles-ci comme des corps étrangers. Les plantes
souffrent d’un stress très important qui affecte toutes leurs fonctions
végétatives. Les assemblages moléculaires sont très instables, les gènes
insérés peuvent changer d’emplacement. Il suffit de quelques générations
pour que la plante éjecte les gènes intrusifs. Une variété OGM a donc une
vie très courte. Même après avoir éjecté les
gènes intrus, la plante garde une structure moléculaire complètement
bouleversée. Quelles mutations génétiques peut-on envisager ? Nul ne le sait
(P. Schmeiser, octobre 2003).
Que la population se méfie de son alimentation alors qu’elle n’a jamais été
si contrôlée, si sûre. Si cela est si probant, est-ce une raison pour
prendre des risques inutiles ? Est ce une raison pour provoquer des
allergies (les mêmesfirmes produisent aussi l’anti-allergisant),
gastro-entérites, pour répandre destechnologies incontrôlées,incontrôlables dans la nature et les estomacs ?
Evidemment, cela pourrait fournir du travail aux chercheurs, des énigmes à
résoudre, des patients, des cobayes pour occuper des scientifiques au
chômage. En sommes-nous là ? Osons espérer que non
Si l’on avance que rien ne prouve la nocivité sur la santé de certains
produits, commençons par l’étudier, par financer des recherches dans ce
domaine. Jusque là, on évite d’étudier les conséquences de l’ingestion de
ces organismes par les mammifères, et par l’homme.
En dehors des contaminations agricoles, on aimerait savoir qui sera
responsable des contaminations alimentaires et sanitaires éventuelles.
Quelle législation contraint l’industrie de transformation alimentaire ?
Créera t’on la crise comme on l’a fait avec la vache folle ?
Enfin, on parle de progrès, de recherche médicamenteuse. C’est une évidence : qui nierait la nécessité de progrès, de recherche bien encadrée, l’utilité
d’élaborer les remèdes appropriés ? Mais mettons bien les choses à leur
place : 99% de la recherche appliquée concerne
des plantes modifiées soit pour produire elles-mêmes un insecticide, soit
pour résister aux pesticides. De plus, il est faisable et nécessaire de
confiner ces productions en serres car les molécules (parfois des virus
cultivés) sont susceptibles de se répandre par divers biais.

Au niveau politique
Ne souhaitant pas la prison, essayons de porter le débat autrement.
Contactons les partis démocratiquement élus et « fréquentables » , essayons
de comprendre pourquoi ils admettent l’implantation de cultures inutiles et
« dangereuses ».
Dangereuses pourquoi ?
Des faits sont éloquents :
Un : dans les faits, elles sont certainement dangereuses puisque le
gouvernement est en train de mettre en place une législation qui règlemente
la « dissémination » et la responsabilité. On y prévoit même le nettoyage
des remorques, des outils servant à la plantation d’OGM. 
Cela nous rappelle les fameuses farines animales.
Deux : les compagnies d’assurance se sont restructurées en 2002 pour ne pas
devoir assurer le risque lié aux cultures d’OGM. Le motif en est que le
risque « n’est pas connu ». C’est exact : nul ne connaît les conséquences
sur les utilisateurs, planteurs, consommateurs, sur l’écosystème, les animaux, les mutations. Conclusion : ne prenons pas de
risque, évitons ces plantations.
Concernant la responsabilité,
Les ONG (Greenpeace et Nature et Progrès en tête) ont revendiqué que la
responsabilité en cas de dissémination dans les champs voisins soit à
charge des agriculteurs, càd que les agriculteurs devraient indemniser
leurs voisins. Cet argument peut se défendre dans la mesure où les
utilisateurs sont les premiers concernés par la plantation qu’ils mettent en
place et qu’il peut s’agir d’une mesure de dissuasion mais Les responsables
devraient être les véritables promoteurs, les véritables demandeurs, à
savoir les firmes qui souhaitent commercialiser les semences modifiées et
l’herbicide conjoint. C’est eux avant tout qu’il s’agit de dissuader et non
les agriculteurs qui risquent d’être dupes des allégations diverses et les jouets de l’industrie
bien armée pour convaincre l’un ou l’autre de planter des semences OGM. 
Ceux qui ont mis au point les produits sont bien plus à même d’en connaître
les risques parce-qu’ils en connaissent le contenu et les procédés de
fabrication qu’ils appellent si nécessaire « secret de fabrication ». Une
série de données échappera toujours à l’agriculteur, comme risque de lui
échapper sa profession en symbiose avec la nature.
Il ne suffit pas d’éviter que les agriculteurs croient les mensonges, il
faut plutôt empêcher que soient répandus à tous vents des mensonges
éhontés. Car, les hommes proches de la terre n’ont pas l’habitude de se
méfier des discours ou des arguments qu’on leur sert, on leur a appris à se
taire, à croire les soi-disant élites intellectuelles . Leurs problèmes
journaliers les incitent à faire
confiance à ceux dont le métier est de parler. Leur esprit n’étant pas
contaminé par la tromperie, ils ont peine à imaginer qu’on cherche à les
leurrer.
L’homme qui fréquente beaucoup la nature est influencé par elle. La nature
parfois cruelle mais pas trompeuse lui sert de modèle,elle lui permet
d’ailleurs de rester confiant. L’humain a peine à imaginer que les autres
peuvent être différents de lui, parfois même sans scrupule. Ainsi, les
agriculteurs ont tendance à croire que les avantages qu’on leur fait
miroiter sont réels et qu’ils auront l’un ou l’autre bénéfice à modifier
leurs cultures, s’en remettant aux beaux parleurs si bien relayés
médiatiquement. Ils savent aussi que le pot de fer brise souvent le pot de
terre et qu’il vaut mieux plier que casser.

Quant aux politiques, de quelle façon seront ils rendus responsables des
lois ou arrêtés qu’ils mettront en place pour permettre les cultures ?
A titre illustratif, pour imager le débat, en révéler le niveau avancé,
citons un cas : les interpellations adressées de visu aux plus hautes
instances d’un parti lors du FSE à Bruxelles reçurent pour argumentaire : « 
Moi aussi, j’aime les oiseaux et je regarde les arbres par ma fenêtre mais
dans les cours de fermes, il se passe aussi des choses » ! ! ! ! !. Les « 
choses » mériteraient d’être explicitées, ce ne fut pas fait sur le moment,
la réponse atteignant sans doute son objectif, à savoir, couper court à
tout discours ou conversation. Est-ce là une nouvelle tactique politique de
rencontre des souhaits du citoyen ? Conclusion logique : la cause est
entendue, le débat est clos avant d’avoir commencé ? Ne reste qu’à ficeler
la loi ? Les partis selon les personnes et les circonstances avancent l’un
ou l’autre des arguments exposés plus haut. La panoplie est assez vaste
Une fois réalisé le démontage des arguments vantant les avantages des
chimères génétiques et devant les réponses des responsables politiques, il
semble clair que la seule explication valable à l’acceptation politique
est la pression économique souterraine et les promesses d’emploi. Il est
plus difficile d’exposer les faces cachées d’un phénomène dont nous ignorons
les méthodes et les rouages.
Le monde politique a un rôle utile et protecteur à jouer. Ne serait-il pas
utile de faire marche arrière, de couper court aux dérives en dénonçant les
pressions, de les mettre à jour pour désamorcer le processus de non sens
auquel on force la société à participer ?
Où sont les hommes ? Où sont les adultes libres, responsables et consentants ?
Le véritable choix passe par la connaissance de cause.

C’est à la liberté que tout ce qui vit est appelé.

Annick Ferauge
Novembre 2004


Pour donner votre avis : envoyer un mail au gouvernement pour qu’il
défende à la Commission européenne une politique de protection du
droit à la précaution vis à vis des aliments et cultures
transgéniques : cliquez ici


Quelques références :

  • G.E. Séralini, Ces OGM qui changent le monde , Flammarion 2004 et « Génétiquement incorrect, Flammarion 2003, professeur d’université et chercheur en biologie moléculaire- étudie les effets des pesticides sur la santé, expert européen. Publication claire, utile et très accessible financièrement. Les fauteurs de famine- Emission Arte sur l’agriculture indienne. Bulletins Inf’ogm sur internet
  • A suivre : risques pour la santé Extraits d’infogm L’UPA fait un pas vers un Québec sans OGM le 1er décembre 2004 Un comité sur les biotechnologies engage les agriculteurs dans cette direction. Les écologistes ne sont désormais plus les seuls à rêver d’un Québec où les organismes génétiquement modifiés (OGM) n’auraient plus le droit de cité dans les champs. Les agriculteurs aussi commencent collectivement à (...) http://www.infogm.org/breve.php3?id_breve=341
  • OGM : les experts de l’UE divisés le 30 novembre 2004 Les spécialistes de l’environnement de l’UE restent profondément divisés sur le dossier des OGM. Ils n’ont pas réussi à s’entendre lundi sur une levée des interdictions de colza et maïs OGM décrétées au niveau national par cinq des 25 pays membres, dont la France.

Ils ont également échoué à (...)
http://www.infogm.org/breve.php3?id_breve=340


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