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En avant-première, le Cinéma d’Attac

Moulinex, la mécanique du pire

Jeudi 20 octobre 2005 à 21 heures 30

Le Cinéma d’Attac
PRÉSENTE

le jeudi 20 octobre à 21 heures 30, à l’Arenberg
en grande avant-première

MOULINEX
LA MÉCANIQUE DU PIRE...

Un film de Gilles BALBASTRE

Lors du dernier Forum économique mondial de Davos, un sujet d’inquiétude a surgi,
inattendu dans les cénacles : les délocalisations.

Tant que celles-ci concernaient les industries traditionnelles, nul n’y trouvait à redire.
Désormais, elles affectent des emplois de service parfois qualifiés
(informatique, conseils juridiques...) et touchent les classes moyennes.
Les dirigeants occidentaux commencent à s’en inquiéter,
faisant semblant de découvrir les dégâts de la désindustrialisation,
une manière commode de masquer leur bilan social.

En l’espèce, « l’affaire Moulinex » représente un cas d’école :
soumise à « la dure loi des marchés financiers », l’entreprise a exigé des salariés
des adaptations sans fin. Dont elle est morte.

Dès 20 heures 30,
LE DÉBAT :
« COMPRENDRE TOUTE L’ÉCONOMIE
EN UNE SEULE SÉANCE DE CINÉ ? C’EST POSSIBLE ! »

en présence du réalisateur

MOULINEX
France / 2003
Durée : 52 minutes
Prix d’entrée unique : 5,2 euros (y compris pour le débat)


Pour quelques centaines de milliers d’euros, le 22 octobre 2001, le tribunal de commerce de Nanterre cède la firme Moulinex –l’une des entreprises françaises les plus célèbres au monde– à SEB, son concurrent de toujours. Résultat direct pour les salariés : 5.400 personnes sur le carreau. Quelques mois après cette débâcle industrielle, le reporter-cinéaste Gilles Balbastre part à la recherche des acteurs directs qui ont contribué à l’histoire de cette multinationale de l’électroménager. Après de longs mois d’insistance, PDG et cadres dirigeants acceptent finalement de raconter, devant la caméra, le jeu et les manœuvres auxquels ils ont participé et qui ont conduit plusieurs milliers de salariés droit dans le mur...
Il faut dire que, dans les années 60, l’entreprise –florissante– ne se souciait pas de la concurrence. La grande distribution n’existait pas encore et les produits ménagers Moulinex se vendaient comme des petits pains. Mais l’apparition des premières grandes surfaces va signifier le début des difficultés.
Car le destin de Moulinex bascule dans la période où la mondialisation semble prendre son essor. C’est au milieu des années 1980 que se pose la question de la succession de Jean Mantelet, fondateur-président. Comme celui-ci n’a pas d’héritier, la finance propose ses propres solutions : la reprise de l’entreprise par les salariés. Première d’une longue série d’escroqueries intellectuelles, cette soi-disant coopérative « ouvrière » capitaliste confiera, de fait, la réalité du pouvoir… aux plus fortunés des cadres supérieurs, eux-mêmes déjà les plus haut placés dans la hiérarchie du commandement salarial. Ce système « participatif » va donc installer aux commandes un triumvirat emmené par Roland Darneau, nouveau directeur général. L’âge d’or de Moulinex s’enfonce dans le passé, son univers n’est plus le même –importations asiatiques obligent. La recherche de puissance par la taille entraîne Moulinex dans une série d’acquisitions internationales qui culmine en 1991 avec l’achat de l’allemand Krups –laissant des traces durables dans le bilan de l’entreprise, désormais lesté d’une dette considérable.

CRAK, CRAC, KRACH. La direction de Moulinex –qui s’est d’abord adonnée à la mondialisation excitante– en expérimente à présent tous les désagréments : depuis la restriction du crédit qui a suivi le krach immobilier de 1991 jusqu’aux déséquilibres monétaires européens, toutes les puissances de la finance déréglementée travaillent à détruire la croissance et l’emploi. Au sortir d’une phase qui a vu l’extension de son périmètre industriel, mais au prix d’une grande fragilisation financière, Moulinex ne peut plus faire face à une dégradation conjoncturelle d’une telle violence.

Dès lors, les banques exigent la fin de la coopérative et, en 1994, le groupe financier Eurys devient le principal actionnaire de Moulinex. Son président, Jean-Charles Naouri, place Jules Coulon à la tête de la société. Les salariés se souviennent seulement de l’homme invisible qui ferma les premiers sites et mit en place le premier plan social. L’action perd 28 %. Puis, Pierre Blayau succède à Jules Coulon de 1996 à 2000. Cet énarque –proche des milieux socialistes– lance un nouveau plan social pour rationaliser au maximum la production. Le personnel doit s’adapter à de nouvelles techniques et aux « cadences infernales de travail ». L’action remonte, Naouri vend ses titres et part avec un formidable bénéfice.

Témoignages d’ouvrières : « On est dans un carré à l’intérieur duquel il y a huit filles. Elles sont dans un espace confiné les unes à coté des autres avec cinquante centimètres de chaque coté, avec des plateaux et que je t’envoie, et que je t’envoie ; à la limite, vous n’avez même pas le temps de vous moucher parce qu’avec la cadence on n’arrête pas. Les travailleuses se font elles-mêmes leur rendement. Ce n’est plus du flux tiré, c’est du flux poussé ; parce que c’est toujours : "Le plateau, dépêche-toi de le prendre que je remette le suivant". De toute façon, les chefs sont toujours derrière à contrôler si les plateaux évoluent assez vite parce que sinon... Le patron vient tous les soirs pour voir la production : "Et pourquoi y manque ça, et pourquoi vous avez pas fait le rendement ?". En fait, c’est plus dur qu’avant. Vous êtes plus vite fatiguée, il y a un moment où vous vous relâchez et là, l’autre à coté, elle vous fait la tête : "Qu’est-ce que tu fais ? Avance !". C’est la guerre perpétuelle entre les filles ».

PLUS-VALUE. Bon à surligner : Moulinex, la mécanique du pire est un documentaire lumineux qui, en moins d’une heure, fera découvrir au spectateur épaté les principes élémentaires de l’économie politique. De ce point de vue, le générique de fin fait assez mal. Sur le mode du « Que sont-ils devenus ? », on y voit défiler les grands de Moulinex : Roland Darneau, filmé dans ses meubles après une plus-value de 50 millions de francs, ça va bien pour lui ; ou Jean-Charles Naouri, dixième fortune de France en l’an 2000… Et puis les petits : Véronique Cauvin, toujours au chômage ; Hughette Tison, en congé de conversion ; Yvette Josselin, préretraitée d’office ; Marie-France Sanchez, en allocation solidarité…, pour ne rien dire des existences en lambeaux, ravaudées à l’antidépresseur, et des familles fracassées.

Evidemment, le plus époustouflant dans cet invraisemblable scandale, c’est le besoin qu’éprouve la plus grande partie de la classe dirigeante économique d’en faire l’apologie en expliquant comme il est juste que la rémunération aille au mérite et combien grands sont les bienfaits de la société du risque. Cette classe dirigeante économique ne risque d’ailleurs pas d’être contredite par la classe politique, en tout cas celle qu’on dit « de gouvernement », toujours prête à vanter les charmes, certes parfois un peu rudes, de la mondialisation et tous les avantages de s’y adapter bien vite.

PESANTEUR. À cet égard, l’un des moments les plus sidérants du documentaire de Balbastre réside dans l’entretien avec Christian Pierret, secrétaire d’Etat à l’industrie du gouvernement Jospin. Certes, dès 2000, M. Pierret, avait tonné, « exigé » que l’entreprise tienne « strictement » ses engagements de ne procéder à aucun licenciement sec. On ne va pas lui en vouloir pour si peu : tous les autres responsables politiques concernés ont fait de même. Mais, dans son bureau ministériel, où la convention implicite veut qu’on parle sérieusement des choses sérieuses, M. Pierret s’exprimera avec la sagesse assurée de celui qui connaît les mystères de l’inéluctable : « Si les salariés pensent ça, c’est qu’ils n’ont pas compris ce qu’est ce monde de compétition, d’ouverture, de concurrence. Nous n’avons pas suffisamment, nous à gauche, fait de pédagogie, pour expliquer ça. Et ce qui se passe aujourd’hui, c’est qu’on a des gens qui refusent de manière magique (...) la réalité économique qui, qu’on le veuille ou non, est la réalité, aussi forte que la loi de la pesanteur » . Pour que la chose prenne vraiment toute sa saveur, il est bon d’ajouter que l’entretien a été enregistré le 23 avril 2002, le surlendemain de la sévère défaite de M. Jospin au premier tour de l’élection présidentielle. C’est ce qu’une ouvrière de Moulinex exprimait avec de simples mots : « Pour les élections présidentielles, je ne voterai pas. Je renverrai ma carte d’électeur barrée en rouge avec l’inscription MOULINEX. De toute façon, rien ne peut aller comme ça. Après nous, d’autres suivront. Un jour, ça pétera. Et alors mai 68 ressemblera à une promenade ».


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