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Angle Attac (mars 2004) / 4-12 : UNICE : mode d’emploi ou du chômage ?


Depuis son siège, avenue de Cortenbergh à Bruxelles, l’Union des Confédérations de l’Industrie et des Employeurs d’Europe (UNICE) exerce une pression sans relâche sur les décideurs européens en matière d’économie, de travail et d’enseignement.

Construite parallèlement à l’Union européenne, l’UNICE témoigne, dès l’origine, la volonté des hommes d’affaires d’exercer leur influence sur les politiques économiques. La création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1950 entraîne une série de collaborations entre industriels visant à influencer ses politiques. Est ainsi créé en 1949 le Conseil des fédérations industrielles d’Europe (CIFE) et l’Union des industries des pays de la Communauté européenne. Le but avoué de cette dernière est de « surveiller les développements de la CECA ». En 1958, le Traité de Rome proclamé, elle devient l’Union des Industries de la Communauté européenne (UNICE) et regroupe les fédérations des six membres de la communauté ainsi que celle d’un membre « associé », la Grèce. Comme le soulignent les communications propres du groupe, « en toute logique, elle s’attacha [alors] à analyser les conséquences politiques de la Communauté créée par le Traité ». De façon plus offensive, elle visa à promouvoir la solidarité entre les fédérations industrielles de chaque pays, à imposer la compétitivité comme notion centrale dans la politique industrielle et à agir comme porte-parole des industriels auprès des institutions européennes en créant des liens permanents avec celles-ci. Son premier président fut le belge Léon Bekaert.

Aujourd’hui, l’UNICE compte 34 fédérations membres, dont la Fédération des Entreprises de Belgique et quatre observateurs, provenant de 28 pays européens différents. L’UNICE dispose d’une structure organisationnelle assez classique. Au sommet, le Conseil des Présidents regroupe les présidents élus des 34 fédérations membres. Il détermine la stratégie du groupe et est central en matière de prise de décision. Le Bureau exécutif est composé des représentants des cinq plus grandes fédérations, de cinq fédérations plus petites par rotation et de représentants du pays présidant l’Union européenne (actuellement l’Irlande). Il assure l’exécution du programme annuel et, se réunissant à tout moment jugé nécessaire, répond aux problèmes urgents. Le Bureau assiste le Comité exécutif, composé des directeurs généraux de chaque fédération membre, à définir les programmes et activités de l’Union et à gérer le budget.

En dessous de ces structures, cinq commissions de politique établissent et dirigent les 60 groupes de travail. Les commissions s’organisent autour de thèmes ayant trait à la politique industrielle : affaires économiques et financières, relations extérieures ; affaires sociales ; affaires industrielles et affaires d’entreprises. A travers les groupes de travail, créés lorsque le besoin en est ressenti et composés de 1.200 experts nommés par les fédérations membres, les commissions de politique préparent les prises de position officielles de l’UNICE qui sont alors transmises aux institutions européennes et autres « publics » intéressés.

Quelles sont les actions menées par l’UNICE ?

Ses priorités sont définies comme suit : le renforcement de la compétitivité européenne ; le marché unique ; la stabilité monétaire ; la concurrence au sein de l’Union ; l’élargissement de l’Europe ; la libéralisation du commerce mondial ; la réduction des coûts et contraintes sur les entreprises ainsi que la mise en place de politiques sociales « réalistes » et de réformes structurelles ; la valorisation de l’esprit d’entreprise ; la conciliation du développement durable avec le dynamisme des opérateurs industriels ; et l’apprentissage tout au long de la vie. En pratique, cela se traduit par des lettres, communications, réunions, visites et autres formes de pression exercées quotidiennement sur les hauts responsables des institutions européennes et des Etats membres et commentant toute politique touchant ces sujets.

Visant principalement à éloigner tout spectre d’une « Europe sociale », les prises de position de l’UNICE manifestent la résistance des industriels au droit des travailleurs, aux questions environnementales et même à la démocratie. Ainsi, dans une communication préparée pour la visite au début de janvier de cette année de Mary Harney, ministre irlandaise de l’Entreprise, du Commerce et de l’Emploi et présidente du Conseil sur la compétitivité de l’Union, le secrétaire général de l’UNICE demande à la présidence irlandaise d’empêcher l’acceptation par le Conseil européen de mesures visant à réduire le travail précaire et l’effet de serre. Il suggère également au Conseil sur la compétitivité de réfléchir sérieusement aux « implications pour le développement industriel de l’Europe de la non-ratification du traité de Kyoto par les Etats-Unis et l’attitude négative croissante de la Russie vis-à-vis de la ratification ».

De plus, l’UNICE prône actuellement la création d’un « Industry Advisory Board » (conseil consultatif de l’industrie) composé d’experts en droit, en économie et en gestion publique. Celui-ci agirait pour s’assurer de la portée des politiques industrielles. L’UNICE propose que ce groupe « contrôle et évalue les jugements pris par les institutions européennes, assurant l’objectivité et encourageant les meilleures pratiques dans les évaluations de l’impact des institutions législatives sur le business ». S’il voit le jour, le groupe s’intéressera sûrement de près aux propositions liées au brevetage informatique, sujet poussé par l’UNICE (5) . Logique dans la mesure où le secrétaire général de l’UNICE, Philippe de Buck, est l’ancien administrateur délégué d’Agoria (anciennement Fabrimétal), une organisation multisectorielle représentant 1.200 entreprises de la technologie.

Refusant de développer des manières de travailler et de produire adaptées aux exigences sociales, environnementales et soutenable à long terme, propres à une communauté véritablement démocratique, « la voix du business en Europe », ce que l’UNICE se targue d’être, montre que les hommes d’affaires sont incapables d’évoluer vers un monde meilleur. Guidées uniquement par les vieux principes moteurs du libéralisme et par les profits qui en découlent, les fédérations de l’UNICE semblent commencer à reconnaître que leurs idées perdent le soutien d’un grand nombre d’Européens et tentent de les sauver en créant des événements aux accents ludiques. L’année dernière, l’UNICE a organisé sa première « Journée de compétitivité » (6). L’organisation de cette journée au ton quasi humanitaire signale-t-elle que le néo-libéralisme est en danger, ou même en voie de disparition ?

Els Mc Omish


(1) Les dix priorités de l’UNICE, repris de Attac Bruxelles (1), Unité contre l’UNICE ou les droits de l’Homme... d’affaires, 2002, p.5.

(2) Philippe de Buck, secrétaire général de l’UNICE, « Meeting the Competitiveness Challenge : UNICE Priorities for the Competitiveness Council During the Irish Presidency », communication préparée pour la visite de Mary Harney, ministre irlandaise de l’Entreprise, du Commerce et de l’Emploi, et présidente du Competitiveness Council. Bruxelles, 7 janvier 2004. p5.

(3) P. 7.

(4) “UNICE proposal to establish an independent advisory group for business impact assessment of EU regulation”, 17 avril 2003

(5) “UNICE - The Voice of European [Patent] Business”, 5 février 2004. http://swpat.ffii.org/players/unice/index.en.html

(6) Celle-ci déboucha sur la proposition faite aux ministres présents de rencontrer des chefs d’entreprise avant chaque Conseil de compétitivité.

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