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Cinéma d’Attac

"Le bruit, l’odeur et quelques étoiles..." d’Eric Pittard (FR-B, 2002)

Jeudi 15 décembre à 21h30, à l’Arenberg (Galeries de la Reine) - PRECEDE d’un débat à 20h30

jeudi 15 décembre à 21 heures 30, à l’ARENBERG (Galeries de la Reine)

l’un des meilleurs films jamais réalisés sur la révolte des banlieues françaises

Prix d’entrée unique : 5,2 euros (y compris pour le débat)

"LE BRUIT, L’ODEUR ET QUELQUES ÉTOILES..." d’Eric PITTARD - Musique : ZEBDA

Dès 20 heures 30, LE DÉBAT :
« PUISQUE LE FEU COUVE AUSSI EN BELGIQUE... »
Avec Selma BENKHELIFA (avocate, membre du Progress Lawyers Network), Radouane BOUHLAL (Président du MRAX), et
Anne MAESSCHALK (membre du Syndicat des Avocats pour la Démocratie)


LE BRUIT, L’ODEUR ET QUELQUES ETOILES...

Jeudi 27 octobre 2005, Clichy-sous-Bois. Fin d’après-midi. Fuyant un contrôle d’identité, Bouna (15 ans) et Zyed (17) sont retrouvés morts. Électrocutés. La nuit suivante, l’émeute commence. Elle durera trois semaines. Bilan : 3.500 personnes placées en garde à vue ; 800 jeunes gens jugés et condamnés en comparution immédiate ; 550 mineurs d’âge présentés aux juge des enfants. 4.000 véhicules incendiés ; 200 commerces détruits. Plus l’imposition du couvre-feu et de l’état d’urgence...
Dimanche 13 décembre 1998. Cité du Mirail à Toulouse. Fin d’après-midi. Un adolescent de 17 ans se fait tirer dessus, à bout portant, par un policier. Pour un vol de voiture. Après le coup de feu, les policiers s’enfuient, laissant à Habib le temps d’agoniser, seul dans un caniveau, comme un chien.
À l’annonce de cette tragédie, la cité s’embrase : quatre jours de violences vengeresses, indexées à une répression policière inouïe. Les affrontements qui étaient d’abord restés circonscrits à La Reynerie, d’où était originaire Habib, s’étendent rapidement à d’autres quartiers : au-delà du périphérique, à Bagatelle, mais aussi à Empalot et dans le nord de la ville, aux Izards. L’attitude des CRS est empreinte d’une telle sauvagerie que de nombreux adultes se solidarisent avec leurs enfants et leur prêtent main forte.
Le bruit, l’odeur et quelques étoiles ? Lorsque l’émotion et la colère retombent, un groupe de jeunes -parallèlement à l’enquête judiciaire- tentent de réclamer justice pour leur ami décédé. Le film retrace ainsi leur volonté de mobiliser les habitants des quartiers périphériques pour qu’éclate la vérité. Mais, lassés de toutes les promesses non tenues, ils entrent dans une spirale de folie qui va les conduire de la cité à la prison. Le fond, la forme et le titre du long métrage d’Eric Pittard sont là : on y suivra le Mirail, ses habitants, des policiers, un magistrat -le tout rythmé par les chansons du groupe Zebda, pour dire la mémoire de tant de vies blessées et mettre en chansons ce qui ne peut être révélé autrement. Autant dire que le film est construit comme un opéra, avec un prologue, trois actes et un épilogue. Comme une tragédie grecque qui serait moderne, avec des respirations poétiques et des coryphées pour rythmer la compassion sous la révolte.
Mais si la mort d’un gosse « immigré » sert ici d’enclencheur, cet « opéra documentaire » nous raconte bien autre chose que la sempiternelle histoire des bons et des méchants, de l’ordre et du désordre, de la racaille et des gens.
Car pour Eric Pittard, Le bruit, l’odeur... aura surtout été un voyage initiatique, l’occasion d’aller à la rencontre d’une jeunesse dont il partage beaucoup des constats sur la pauvreté, la banlieue, le racisme... mais dont les comportements le mettent souvent mal à l’aise. En réalité, pour le casting, il découvre des habitants de La Reynerie, à la personnalité haute en couleurs, fabuleusement humains. Farid, l’élégant ; Kader dit « Schumi » ; Kheira, la soeur de Farid, enragée de justice ; Tahar ; ou l’avocat Cohen (une extraordinaire bête de spectacle)... Résultat ? Une vraie histoire : celle de jeunes réunis, pour que justice soit rendue, dans une association, « Le 9 bis », jusqu’au jour où ils « disjonctent » et se comportent exactement comme la société des bien pensants l’attend d’eux : en petits voyous, en fouteurs de merde, en casseurs. Une nuit de folie et de cavale, qui leur coûtera un an de taule, pour repartir finalement de zéro.
Trois garçons, une République, une bavure... : tout va bien, tout va mal. Un oeuvre d’Eric Pittard, orchestrée et contée de belle voix. Où sont réunis tous les ingrédients pour faire un beau film social, au propos fort et à la courbure originale.
Toujours bon à rappeler : « le bruit » et « l’odeur » sont extraits d’un discours nullement improvisé, tenu par Jacques Chirac le 19 juin 1991. « Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs [...]. Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15.000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50.000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler... Si vous ajoutez le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela... ».


LE BRUIT, L’ODEUR ET QUELQUES ÉTOILES...
France-Belgique / 2002 / Durée : 110 minutes
Prix d’entrée unique : 5,2 euros (y compris pour le débat)

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