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Dernières nouvelles des oiseaux

Antidote à l’attaque aviaire médiatique

La fièvre médiatique a bien cessé durant les fêtes, mais les trêves sont terminées, l’offensive à repris contre les volatiles.


Dernières nouvelles des oiseaux

La grippe médiatique versus aviaire a bien cessé durant les fêtes de fin d’année. On a vendu dindes et volailles.
Mais le temps des trêves est passé et le virus reprend de plus belle. Début janvier, on annonce : 3 morts en Turquie, l’Iran pense à se protéger. L’Iran a sans doute intérêt à se protéger en effet, mais sans doute pas seulement contre des nuées de plumes volantes...

Le 11 janvier, la RTB est avertie du fait que les migrations sont terminées depuis..., le soir même les commentaires changent : quand les migrations reprendront. Le 15 janvier, une équipe se déplace sur le marché de Liège, vérifiant par la même occasion que les marchands de volatiles vivants font ceinture (une vente sur la journée). Pas un mot sur les volailles cuites ou à cuire.

Depuis, les nouveautés et les arguments pour effrayer le grand public n’ont cessé d’être renouvelés dans ces médias grands publics que sont télévisions et radios, nationales ou voisines ou européennes (TV5).

Un jour, on parvient à empêcher du poulet congelé chinois de faire sa joyeuse entrée à Anvers ; les volatiles asiatiques, vivants ou pas, sont interdits d’importation depuis quelques mois déjà. L’AFSCA les a « saisis et incinérés ». Ouf ! Etaient-ils dangereux ? On ne sait, c’est interdit et l’AFSCA prouve ainsi sa force de frappe et son efficacité.

Les mesures préconisées sont ou seraient notamment l’enfermement des volatiles, la fermeture des marchés ouverts à l’air libre, l’élimination des volailles, l’absorption de pilules ou spray, le port de masques, de combinaisons...
S’appesantit-on sur le sort des populations démunies de leurs petites sources d’alimentation domestique ou commerce de voisinage, seules ressources pour ces populations ? Peu, très peu, on aime montrer les « experts » déambuler dans un village roumain leurs costumes protecteurs. Mais comme le relève une paysanne : on n’a vu que des journalistes masqués, pas de médecin, pas de vétérinaire. Y a t’il vraiment péril en ces demeures ? Nous ne le croyons pas et d’ailleurs certains s’évertuent vaguement à le dire mais ils ne bénéficient pas du même temps d’antenne que les images fabriquées sciemment pour créer la panique.

Ainsi dans Envoyé spécial du 12 janvier, on voit clairement la mise en scène d’un exercice vétérinaire et médiatique. Au moins 50 journalistes et photographes de tout poil sont invités à « l’événement ».Après un groupe, on réclame la liberté d’accès pour les collègues suivants !
Faut-il rappeler qu’à ce moment, la grippe n’est pas présente en France, mais pour le cas où, ils auront des images toutes prêtes... On peut voir venir.
On assiste ensuite à ce type de mise en scène médiatique mais moins développée en Roumanie. On voit qu’une photo prise lors de la rencontre médiatique (main sur le cou du canard à tordre) est diffusée le lendemain dans les journaux titrant « peste, bombe aviaire »... Une pauvre paysanne dit que les spécialistes (en masques et combinaison) entrent dans les maisons, vident les frigos de leurs volailles, s’ils en contiennent. Pourtant, d’après Le Soir du 10 janvier, il n’y aucun risque de contamination par voie orale à ce jour, il est juste conseillé par précaution de cuire la viande à 70°. Alors pourquoi tout cela chez des gens qui ne possèdent et ne mangent que ce qu’ils cultivent et élèvent, qui ont un laisser passer (le village est déclaré en quarantaine) pour la récolte du maïs qu’ils effectuent à la main ? Les « experts internationaux » supervisent les incinérations. Vaste tâche de spécialistes. Il faut bien venir de l’étranger pour ce faire !
On abat les volailles avant de connaître les résultats des analyses, on sait qu’il s’agit d’un virus H5 (grippe), mais pas encore s’il s’agit du H5N1, réputé entraîner la mort des poulets.
On veut également nous faire croire que seuls les grands groupes (élevages industriels) peuvent effectuer un contrôle rigoureux (dans 10.000 poulets !). On voit ainsi administrer (on connaît les mises en scène à présent) 2 vaccins dans le muscle d’un poulet (dit-on) et un dans l’œil ! Pourquoi les artisans ne pourraient-ils le faire ? Mystère de la modernité.
Si certaines incohérences peuvent être décelées par des personnes attentives, soulignons que le grand public ne prend pas souvent le temps ou les moyens de lire les journaux, qu’il s’informe essentiellement par les médias télévisés, que les images frappent, et qu’elles sont bien choisies, voire fabriquées pour ce faire (combinaisons, masques, brasiers...).

Le lundi 16 janvier, on retrouverait la grippe de poulet en Israël. Cela nous rapproche des propos de Mehdi Dakhlallah, ministre syrien de l’information, interrogé dans le Soir il y a quelques semaines sur l’assassinat de Rafic Hariri : « le crime a eu lieu... nous voulons la vérité, mais ils finiront par nous accuser d’avoir répandu la grippe aviaire ! »

Le 17 janvier, on invite sur les ondes belges du matin le directeur de l’AFSCA et on écoute questions et réflexions des auditeurs.
L’un nous apprend que les migrations que l’on incrimine ou invoque depuis des mois, ne se font pas en hiver du Sud au Nord, mais bien du Nord au Sud. De plus, elles ne se feraient pas d’Est en Ouest. De nombreux spécialistes doivent le savoir depuis longtemps, pourquoi ne l’a t’on pas dit ? On aurait pu couper les ailes aux canards... Bien plus tôt (août 2005), Aves l’affichait déjà sur son site, mais quel écho cela a t’il eu ? Aucun.
On ne sait, toujours est-il quel e spécialiste invité ne contredit pas l’auditeur, le risque pourrait donc être écarté...
Mais non, pas question , l’auditeur suivant demande s’il peut se promener en sécurité dans les parcs avec son petit enfant et la réponse du spécialiste est : attention à bien se laver les mains si on touche des plumes dans le parc !!!
Où est la logique puisqu’il est avéré qu’il n’y a pas de grippe aviaire ici ? Pourquoi ne pas répondre à l’auditeur que la grippe n’est pas dans le parc, qu’il n’y a pas de danger à se promener au long des allées ? On ne comprend pas. Plutôt que de désamorcer, on entretient la panique, pourquoi ? Pour prendre de bonnes habitudes, peut-être.
L’émission se termine en promettant que pour l’instant, on n’a rien vu venir, mais qu’ »on verra au printemps » ! Sans doute quand reviendront les beaux oiseaux migrateurs dans nos cieux brumeux ! Aie !
Préparons nous au pire car on enchaîne avec les aides à débloquer par l’Europe et d’autres à la conférence de Pékin serviront à financer la recherche (analyses, ....), les systèmes d’alerte, informer le grand public, délivrer du Tamiflu (Roche) et du Laranza (Glaxo Smith Kline) seuls antiviraux réputés efficaces. Il a cependant été relevé par plusieurs journaux que le Tamiflu pouvait être dangereux pour la santé, certains en sont décédés (voir Canard enchaîné,...).
Les pays touchés (Indonésie par exemple dans Envoyé spécial) n’ont pas les moyens de soigner. Il reste 10 traitements disponibles dans un hôpital visité à Jakarta. Les moyens sont en Europe. Europe et autres pays pouvant se le permettre constituent des stocks de masques et d’antiviraux gardés dans des lieux secrets. Les commandes sont énormes, alors, cédant à la pression des autorités sanitaires, Roche a consenti à partager la fabrication avec 12 partenaires, dont une licence partielle à une firme chinoise ! Sympa !

Des budgets colossaux sont investis dans la fabrication et les réservation-commandes de vaccins. Les USA ont investi 100 millions de dollars dans les vaccins, le gouvernement français a réservé 60 millions de doses cultivées dans des œufs.
Envoyé spécial toujours nous apprend que dans les labos de Sanofi-Pasteur, l’objectif de travail est de trouver un vaccin contre un virus qui n’est pas encore apparu, à savoir celui qui muterait pour devenir dangereux au point de se transmettre d’homme à homme. H5N1 est le virus animal , il se recombinerait avec un virus humain. Jusque là, bien que H5N1 se promène depuis à peu près 9 ans cela ne s’est pas produit (Le Soir du 03/02/2006).
Le 19 janvier, sur les ondes du matin, on entend passer l’info suivante : au Cameroun, les habitants manifestent contre l’importation des poulets congelés européens. José Bové les soutient. L’élevage des poulets est souvent pour ces gens la seule source de revenus. L’union européenne consacre 90 millions d’euros aux exportations de poulets, notamment vers l’Afrique. Résultat : il est interdit aux manifestants de défiler dans les rues ! Comment on règle les problèmes !
Que feront ces pauvres gens quand ils n’auront plus qu’à acheter des poulets congelés plutôt que de manger leurs propres poulets ? Souvent, ils n’ont même pas l’argent pour acheter. Ils rejoindront les grilles de Melila, de Ceuta ou d’ailleurs ? Puis, on leur reprochera de vouloir venir chez nous ? Mais qui, quoi les y conduit ?
Deux jours plus tôt, les paysans chinois se plaignaient de la dépossession de leurs terres. On exproprie pour l’industrie et la construction.

Au JT RTBF du 9 février, on reconnaît enfin (mais pas de scoop pour autant, la discrétion est de mise) qu’il n’y a pas eu de contamination lors des migrations d’automne (spécialiste du musée des Sciences naturelles). Mais aussi, hélas, que la grippe aviaire est arrivée en Afrique comme on l’annonçait depuis ... un temps certain. Ici, plus question de migrations. On ne sait comment la grippe est venue, elle est là, c’est tout, alors on éradique les poulets au Nigéria, on les brûle dans des fosses et les pays voisins interdisent les importations. C’est ainsi qu’il faut faire apparemment. Pourtant, certains spécialistes, non médiatisés ceux-là, s’étonnent : ces grippes ont toujours existé, mais on ne tuait pas tous les poulets, ils peuvent guérir. On a vu le même phénomène il y a quelques années avec la fièvre aphteuse des moutons anglais.
L’information suivante concerne Louis Michel, venu sauver l’Afrique en tant que commissaire européen à la coopération. Ainsi il nous dit que « ce qui est intéressant ici, c’est qu’on pourra faire des prêts, combiner des prêts (60 millions d’euros) avec des dons ». S’il le dit... Sur TF1, on vante l’immigration choisie par les Français, du moins par le gouvernement et non plus subie, par les Français, bien sûr.

Dès le lendemain en Afrique, « l’épidémie se répand à toute vitesse , des dizaines de milliers de poulets ont déjà succombé (surtout aux abattages), toutes les régions sont survolées par des oiseaux migrateurs » (TV5). Tiens, bizarre, on croyait que cela ne marchait pas... Cela varie selon les chaînes TV, sans doute.
On entend aussi que des individus potentiellement infectés pourraient contaminer les volailles. Tiens, cela marche aussi dans ce sens ? Espérons qu’on n’élimine pas aussi les individus, pour éviter la transmission.
En tout cas, le 13 février la revue de presse de France 2 relève que le Figaro redoute que le virus mute en Afrique. On apprend que M. Douste Blazy et Mme Merkel unissent leurs forces pour mettre en place une force d’intervention contre la grippe aviaire au Nigéria et pays limitrophes avec envoi d’experts. La quadrature du cercle.

Comment faire pour éviter que quelques cygnes morts au bord des lacs et des étangs entraînent l’abattage de milliers (millions) de volatiles servant à la maigre subsistance d’hommes et de femmes démunis ?

Annick Ferauge

14 février 2006 : à présent, l’Europe est touchée, nous dit-on. En France, on annonce qu’on abattra tout l’élevage si un poulet est atteint. Le retour des bonnes vieilles méthodes (vaches folles).
Aux abris, les poulets !!!


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