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Editorial

Forest doit rester intégralement ouverte !

par Henri

Articles publiés dans Angles d’Attac, n°79, décembre 2006.


Abasourdis, choqués, scandalisés… Il n’y a pas de mot assez fort pour exprimer le sentiment de colère qui a gagné les travailleurs de l’usine Volkswagen à Forest à l’annonce des 4.000 pertes d’emplois. C’est une opinion largement partagée par la population.

Pourtant, on oublie que la Belgique n’en est pas à son coup d’essai. Les menaces qui pèsent sur le site bruxellois ne sont que le plus récent épisode d’une longue et triste série, ces dix dernières années : liquidation des Forges de Clabecq, fermeture de Renault Vilvorde, faillite de la Sabena, pertes de 3.000 emplois à Ford Genk…

Ces événements douloureux sont la conséquence de la politique suivie par les différents gouvernements, toutes tendances confondues, et celle-ci peut être définie en une seule sentence : attirer par tous les moyens les investissements des multinationales. Avec comme corollaire : se lier pieds et poings à leur stratégie. Il faut donc tout faire pour qu’elles viennent, pour qu’elles restent : acceptation de la flexibilité, baisse de salaires, destruction des services publics, démantèlement de la sécurité sociale… Mais, bon Dieu, pourvu qu’elles demeurent. Evidemment, recevant ainsi tout pouvoir, ces grandes entreprises ne satisfont pas les emplois, mais avant tout les actionnaires principaux, les dirigeants. Aussi pendant que les salariés ont de plus en plus de mal à nouer les deux bouts, les revenus et les fortunes du pour-cent le plus riche explosent.

Aujourd’hui, c’est l’Union européenne et ses instances qui ont repris le flambeau de cette politique. Elle prône la « flexisécurité », c’est-à-dire imposer la flexibilité en faisant croire que les salariés peuvent avoir une sécurité par une meilleure formation ou une employabilité plus poussée. Mais cette issue signifie concrètement qu’il faille abandonner la lutte pour les emplois détruits, au nom d’hypothétiques postes de travail qui seraient encore à créer.

On sait ce que cela a donné dans le Hainaut ou à Liège. Ces régions étaient industrialisées à partir du charbon et de l’acier. Quand ces secteurs se sont restructurés ou ont même fermé, les gouvernements fédéraux et locaux ont promis la reconversion. Celle-ci n’est jamais venue et le Borinage, La Louvière, Charleroi connaissent des taux de chômage de plus de 30%.

Une autre politique de l’emploi est indispensable. Elle nécessite, comme beaucoup l’affirment, de remettre l’humain, c’est-à-dire le citoyen et le salarié, au centre du processus économique. Mais si l’on veut rester concret, cela signifie que cette politique commence par la défense des emplois existants dans les conditions sociales actuelles.

Cela veut dire : maintien des 5.600 emplois sur le site de VW Forest, aux conditions de salaire et de travail présentes ; maintien des postes dans la sous-traitance. Si des modifications doivent être apportées, c’est dans le sens de l’amélioration. On ne peut continuer à dégrader l’emploi et le travail pour permettre à des nantis de construire des villas balnéaires sur les plages de Dubai. Ou à la famille Porsche, déjà créditée d’un patrimoine estimé à 7 milliards de dollars et possédant quelque 25% de Volkswagen, d’accroître encore cette fortune.

Henri Houben


SPIP