Le jeudi 20 décembre
à 21 heures 30 à l’Arenberg,
le Cinéma d’attac présente
Les LIP, l’imagination au pouvoir
Un film-choc de Christian ROUAUD sur la grève ouvrière la plus emblématique de l’après 68…
Dès 20 heures 30, le DÉBAT :
« LA CLASSE OUVRIÈRE IRA-T-ELLE AU PARADIS ? »
(les ouvriers restent-ils les principaux acteurs de la transformation sociale ?)
avec
Mateo ALALUF, professeur de sociologie à l’Université Libre de Bruxelles
et
Henri HOUBEN, économiste, membre du Secrétariat d’Attac-Bruxelles 1
Le
jeudi 20 décembre
à 21 heures 30
à l’Arenberg,
le
Cinéma d’attac présente
Les
LIP,
l’imagination
au pouvoir
Un film-choc de Christian ROUAUD
sur la grève ouvrière la plus
emblématique de l’après 68…
Dès 20 heures
30, le DÉBAT :
« LA CLASSE
OUVRIÈRE IRA-T-ELLE AU PARADIS ? »
(les ouvriers restent-ils les principaux acteurs de la transformation
sociale ?)
avec
- Mateo ALALUF, professeur de sociologie à
l’Université Libre de Bruxelles et
- Henri HOUBEN, économiste, membre du Secrétariat
d’Attac-Bruxelles 1
__________
Au départ, en avril 1973, quand Lip annonce aux 1.300
salariés que des licenciements vont intervenir dans
l’entreprise d’horlogerie, le syndicaliste ouvrier
Charles Piaget se montre hostile à la grève. Il
préfère que ses camarades freinent le rythme des
machines et celui des mains; mais «ils avaient tellement les
cadences dans la peau que c’était pas possible de
ralentir». Ils arrêtèrent de travailler
dix minutes par heure. Ainsi commença la longue aventure des
«Lip» qui, comme souvent dans l’histoire
des mouvements ouvriers, partit de revendications très
«raisonnables» (ne pasperdresontravail à
une époque où le chômage reste modeste)
et, chemin faisant, découvre que (presque) tout est
possible. En mai 68, les étudiants des Beaux-Arts
n’ont-ils pas imprimé des affiches où
on lit «Ton patron a besoin de toi, tu n’as pas
besoin de lui» ? Justement, mai 1968, c’est hier en
avril 1973. Lip, ce sera un peu cette histoire qui recommence, mais sur
son versant ouvrier et autogestionnaire.
SÉQUESTRÉS. «480 travailleurs
à larguer: la phrase a choqué. On
n’était pas encore à une
période où on larguait les hommes comme des
bêtes». Les administrateurs de
l’entreprise sont séquestrés: on entend
«leur rendre la liberté contredesrenseignements
plus précis» sur le sort de l’entreprise
en difficulté. Dans le quartier de Palente, à
Besançon, les cars de CRS encerclent l’usine. Puis
c’est l’assaut, les portes
défoncées : «Ça nous a
choqués, nous qui avions été si
attentifs au cours des grèves
précédentes à ne pas rayer un
mur». Les administrateurs sont libérés.
Alors, parmi les ouvriers, «il y en a un qui a dit : "Et si
on prenait les montres ?"». Soit, mais qu’en faire
? Et est-ce un vol ? Un péché (la tradition
chrétienne imprègne la région) ?
Plutôt maoïste, un ouvrier dominicain absout
d’avance «les paroissiens de Palente».
Des voitures sont chargées de montres et partent les
«planquer». Mais les ouvriers ont garde
d’oublier de s’emparer des fichiers et des plans,
car ceux-cinedoivent pas tomber entre les mains des concurrents de la
marque horlogère. Ces syndicalistes d’un
genre nouveau ont beau avoir les cheveux très longs et ne
pas manquer d’audace, ils tiennent au soutien de
l’évêque et ont l’esprit
d’entreprise…
CETTE FOIS, SANS PATRON. Que
faire de toutes ces montres? On décide de les vendre et de
remettre en route l’usine pour en produire de nouvelles,
cette fois sans patron («Tu n’as pas besoin de
lui»). La vente est un énorme succès, y
compris sur les plages. En six semaines, le chiffre
d’affaires ainsi réalisé correspond
à 50 % du total d’une année ordinaire.
Il y avait des caches pour les montres, il y en aura d’autres
pour l’argent. Chargements clandestins sur les routes,
déguisements, perruques: la folie des jeunes ouvriers
rencontre la sagesse des anciens. «Plus le vent soufflera
fort, mieux ça vaudra», estime Charles Piaget,
délégué exemplaire d’une
CFDT alors très militante et pleine d’imagination.
«Le plus grand momentd’exaltation,serappelle une
ouvrière, ça a été notre
paie sauvage. On a touché du doigt le fait que
c’était possible». Puis les ouvriers
ouvrent les portes de l’usine à tous, y compris
aux journalistes. A l’époque, on calcule que les
concours l’emporteront sur les nuisances. Certains des
visiteurs participent aux assemblées
générales, restent une ou plusieurs semaines ;
des étudiants arrivent avec leurs instruments de
musique.«La question des femmes a été
la révolution dans la révolution».
«A travail égal, salaire égal
?», ce n’est pas si facile : faut-il payer autant
les couples, ceuxqui ont des charges de famille ? Le dominicain est
favorable à l’égalité des
salaires. Mais il n’a pas d’enfant...
«Remballe tes billes, lui oppose-t-on, ce sera bon pour la
prochaine fois, mais pour l’instant c’est pas
mûr». «La réussite,
résume Piaget, qui jamais ne succomba aux sirènes
dupouvoir, c’estde ne plus avoir besoin des leaders. Leur
voix ne compte que pour un». Un militant admet: «Je
rêvais "libération des peuples". Et je pensais
qu’on pouvait libérer une usine comme on
libère un peuple».
VÉROLE. Mais
en 1974, M. Giscard d’Estaing a été
élu à l’Elysée. Pour lui et
pour son premier ministre Jacques Chirac, c’est surtout le
second point qui pose problème –ce bras de fer
remporté par les syndicats contre le chômage,
alors que les plans de licenciement essaiment un peu partout en France.
Ministre de l’industrie en 1973, Jean Charbonnel confie les
certitudes de Giscard d’Estaing: «Il faut punir les
Lip. Qu’ils soient chômeurs et qu’ils le
restent. Sinon, ils vont véroler tout le corps
social». Autant dire que le patronat et le gouvernement
Chirac auront, délibérément,
«assassiné Lip».
Cinéma ARENBERG
(26 Galerie de la Reine)