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En marge de la formation sur la crise économique

Un Katryna financier

par Henri


Il n’aura pas fallu longtemps pour voir à nouveau la tempête financière se déchaîner sur les Etats-Unis. La banque d’investissement, Bear Stearns, la cinquième du pays [1], s’est retrouvée rapidement dans l’oeil du cyclone. Pourtant, à voir ses comptes, rien ne l’y disposait. Jamais au cours de ses 80 ans d’histoire, la société n’avait dégagé des pertes. Les premières étaient tombées les trois derniers mois de 2007 (854 millions de dollars). Mais, sur l’ensemble de l’année, Bear Stearns réalisait encore un profit net de 233 millions de dollars et proposait d’augmenter son dividende de1,12 dollar par action à 1,28.

En quelques temps, tout a basculé. A court de liquidités et proche de la banqueroute, la banque a dû être rachetée pour 238 millions de dollars par la JP Morgan Chase [2]. Cela signifie payer deux dollars par action, alors que le cours de celle-ci était encore à 84 dollars fin 2007 ou même à 30 dollars le 14 mars. Comment expliquer une telle dévaluation aussi rapide, si ce n’est par l’existence de nombreux crédits qui risquent de ne pas être remboursés ? Et qui plus est, inconnus non renseignés dans les données comptables fournies par la société !

Comme l’affirme Timothy Ghriskey, de la société Solaris Asset Management à New York : « Le fait que le conseil d’administration de Bear Stearns laisse ses actifs partir ainsi au rabais pose des questions sur la valeur des actifs de nombreux bilans comptables »  [3].

S’il y avait nécessité de prouver l’opacité du système financier actuel, cachant de nombreux gouffres, l’exemple est éclairant. Martin Wolf, libéral bon teint et éditorialiste au Financial Times, explique qu’auparavant seuls les gens étrangers à cette mécanique financière pensaient qu’il s’agissait d’une boîte noire, impénétrable. Mais ils se rassuraient en se disant que ceux qui y travaillaient devaient savoir ce qu’ils faisaient. Aujourd’hui, ceci n’est même plus le cas [4].

Le fait de ne plus pouvoir savoir qui a emprunté quoi à qui et qui peut rembourser a engendré une panique rarement vue sur les Bourses mondiales. Celles-ci ont dégringolé. Le dollar a chuté en quelques heures, l’euro passant de 1,56 à 1,59 dollar. Parallèlement, l’or a pris des plumes : l’once a dépassé le prix de 1.000 dollars pour la première fois de son histoire. Montrant une fois encore que quand tout fout le camp, le métal doré reste le dernier investissement refuge. Avec le baril de pétrole à plus de 100 dollars, ce sont toutes les barrières qui s’effondrent les unes après les autres et nous entraînent vers une crise d’ampleur mondiale.

La formation donnée sur la crise économique et financière vient donc à point pour tenter de présenter une analyse plus globale et plus large de ce phénomène. D’autant que cette récession pourrait renverser beaucoup de choses qui nous apparaissent comme évidentes et naturelles. En même temps, elle est la démonstration tangible de ce que nous affirmions, à savoir qu’il fallait sortir de ce monde capitaliste, libéral ou néolibéral. Désormais on ne pourra plus seulement dire « un autre monde est possible », mais « un autre monde est nécessaire ».

titre documents joints

Notes

[1Depuis le krach de 1929, il y a une distinction, notamment aux Etats-Unis, entre banque commerciale et banque d’affaires (ou d’investissement). Les premières sont celles dont l’activité principale est le prêt et l’emprunt et qui assure les dépôts de la majorité des gens. Les secondes s’occupent davantage de la gestion des fortunes et des placements financiers.

[2Elle-même issue de la fusion en 1999 de deux banques mythiques : la JP Morgan, l’établissement financier érigé par Pierpont Morgan, l’homme le plus influent du début du XXème siècle aux Etats-Unis, et la Chase Manhattan, la banque des Rockefeller.

[3Le Monde, 17 mars 2008.

[4Martin Wolf, « Why Washington’s rescue cannot end the crisis story », Financial Times, 27 février 2008.


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