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European Business Summit (EBS)

Le Davos européen à Bruxelles

par Henri

L’UNICE, vous connaissez ? Non, c’est la confédération européenne patronale. Soit l’équivalent de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) à l’échelle européenne. La FEB est d’ailleurs membre de l’UNICE.

Et l’European Business Summit (EBS) ? Non plus ? C’est le sommet du monde des affaires et du monde politique au niveau du vieux continent. EBS, c’est littéralement le sommet européen des affaires. Et c’est organisé par l’UNICE, la FEB, avec le concours de la Commission européenne et de la Région bruxelloise. Sans compter le patronage du Roi Albert II, celui de Philippe Busquin, commissaire européenne à la Recherche, de Fientje Moerman, ministre belge de l’Economie, de l’Energie, du Commerce international et de la Politique scientifique, et de Jacques Simonet, ministre-président de la Région bruxelloise.

Pourquoi ce beau monde se rencontre à Bruxelles, plus ou moins à l’insu de la population ? Comment se fait-il qu’une organisation patronale reçoive ainsi l’appui des plus autorités européenne ? Pourquoi un tel sommet se tient-il quinze jours avant celui des chefs d’Etat européens ? Est-là le modèle de transparence et de démocratie que veulent instaurer les dirigeants européens ?

Article paru dans Angles d’Attac, n°53, mars 2004, p.7.


European Business Summit (EBS)

Le Davos européen

Accueillir les 2.000 personnalités les plus influentes dans le monde chaque année, telle est l’ambition du Forum économique mondial. Tous les ans, fin janvier, les présidents des plus grandes multinationales côtoient les dirigeants politiques des plus grands Etats, les journalistes, les idéologues du marché les plus importants dans une petite ville de Suisse romande, Davos.

La réponse : le Forum social mondial, qui se déroulait cette année à Bombay. Il a rassemblé plus de 100.000 participants pour dénoncer le monde pourri et inégalitaire laissé par les 2.000 de Davos.

Cela se passe près de chez vous

Savez-vous qu’en Europe, une initiative similaire a vu le jour ? L’UNICE, la confédération patronale européenne qui regroupe les fédérations des pays membres de l’Union (et d’autres), et la Fédération des Entreprises de Belgique, membre de l’UNICE, organisent tous les deux ans une rencontre à Bruxelles qui se veut être le Davos européen. C’est l’European Business Summit (EBS) : le sommet européen des affaires.

L’idée est de rassembler un millier de personnalités, surtout des dirigeants d’entreprise et des responsables politiques dans le but de pouvoir influer sur les grandes orientations de l’Union. C’est donc construire une Europe au service des grandes firmes et du capital. Au nez et à la barbe, à l’insu aussi, mais surtout au détriment des citoyens.

On en est déjà à la troisième version du sommet, le premier s’étant déroulé lors des débuts de l’Euro 2000, la coupe d’Europe de football, organisée conjointement par la Belgique et les Pays-Bas, il y a quatre ans.

Lisbonne, ce n’est pas que la prochaine Coupe d’Europe de foot

Cette année, l’EBS veut donner un grand coup d’influence.

Normalement, le sommet aurait dû se tenir en juin prochain. Trop tard pour les élections européennes. Trop tard pour le Conseil européen de printemps, qui doit discuter de l’avancement du processus de Lisbonne.

Car justement c’est sur ce point que les patrons européens veulent faire le forcing. Ils veulent maintenir le cap et adopter un plan plus concret pour réaliser les objectifs de Lisbonne.

Or, ceux-ci sont de faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive du monde » à l’horizon de 2010. Pour cela, les chefs d’Etat européens ont décidé de flexibiliser à outrance le marché du travail, d’allonger la période de travail, d’élever le seuil pour prendre sa pension, d’abaisser le coût salarial, de libéraliser et donc de privatiser des secteurs entiers comme les télécoms, le transport, la poste et l’énergie, de favoriser les fonds de pension privés, etc. Tout cela, c’est Lisbonne.

Et les patrons y tiennent absolument. Ils veulent des mesures intermédiaires (avant 2010) plus contraignantes pour être sûr qu’on aboutira aux objectifs. C’est là-dessus qu’ils vont concentrer leur influence.

D’où l’avancement de la date aux 11 et 12 mars, soit quelques jours à peine avant le sommet européen du printemps. D’où le thème de la recherche et de l’innovation qui rassemble l’EBS cette année. Des sujets liés au processus de Lisbonne. Car ils signifient pour les dirigeants d’entreprise : réduction des charges patronales sur l’innovation, orientation de l’enseignement et de la recherche vers les intérêts des firmes, ce qui entraîne dans les faits une privatisation partielle de ces institutions, diminution des charges fiscales et administratives pour les firmes et finalement flexibilisation du marché du travail pour permettre aux « innovateurs » d’engager le personnel adéquat quand ils en ont besoin.

D’où aussi un message particulier et final à la rencontre adressé au nom des patrons par Daniel Janssen, président de la multinationale chimique belge Solvay et membre de la Table ronde des industriels européens, autre grand lobby patronal au niveau de l’Union (1).

Qui décide en Europe ?

L’EBS est une illustration parfaite de la manière dont l’Europe est aujourd’hui construite. Une façon totalement non démocratique, aux accents libéraux plus que prononcés, réalisée au service des grandes entreprises et au détriment du citoyen, qui n’a pas voix au chapitre.

L’EBS, c’est la collaboration et la collusion complète entre le monde des affaires et celui de la politique. Cinq commissaires européens sur vingt seront présents comme orateurs : Busquin, Diamantopoulou, Liikanen, Vitorino et Wallström. Didier Reynders, ministre belge des Finances, et Daniel Ducarme, ex-président de la Région de Bruxelles aussi (à moins qu’il soit remplacé par Jacques Simonet). D’ailleurs, la Commission européenne et la Région bruxelloise patronnent l’événement (2). Vous imaginez la prochaine assemblée d’Attac où cinq commissaires viendraient pour écouter et prendre des idées pour leur politique.

Ne rêvez pas. Ce n’est pas pour demain. Et ne pensez pas non plus assister à l’EBS. Le ticket d’entrée est de 980 euros (sans compter l’hôtel : 180 euros par nuit pour le moins cher). Vous pouvez essayer de vous faire inviter ou sponsoriser. Mais il vous en coûtera encore 490 euros.

Il est clair que c’est, pourtant, dans cette enceinte fermée que se discuteront l’avenir de l’Union et ses grandes orientations. Cela ne sortira pas des urnes de juin. Que le parlement de Strasbourg ait davantage de pouvoir ou non.
A quand les 100.000 manifestants pour dénoncer cette mascarade de démocratie que constitue aujourd’hui l’Union européenne ?

Houben Henri

(1) Sur la Table ronde, voir Serge Cols, François Gobbe, Henri Houben et Anne Maesschalk, L’Europe de la Table ronde, brochure Attac Bruxelles, Bruxelles, 2001, et Observatoire de l’Europe industrielle, Europe Inc. Liaisons dangereuses et milieux d’affaires européens, Agone éditeur, Marseille, 2000. (2) Vous pouvez trouver ces informations et d’autres sur le site de l’ EBS


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